C’est une réhabilitation exemplaire en faveur du logement des travailleurs saisonniers qu’a menée Le Grand-Bornand. Les studios et appartements rénovés de la Maison Augusta, bâtisse remarquable de la commune, leur sont dédiés ainsi qu’aux agents de la collectivité locale. Et pour cause, cette population peine à trouver un toit dans les destinations touristiques, où les prix de l’immobilier flambent. Or, la pénurie d’hébergements est un frein majeur au recrutement en station de montagne. Retour sur cette opération avec le maire bornandin André Perrillat-Amédé.
Quelle est l’histoire de la Maison Augusta ?
André Perrillat-Amédé : Située au centre du village, sur le chemin de Villeneuve, cette belle bâtisse de caractère porte le nom de son ancienne propriétaire à qui la commune l’a achetée en 1994. Elle fut le premier établissement de location de meublés au début du XXe siècle au Grand-Bornand. Son architecture est typique des reconstructions en dur qui ont suivi l’incendie de 1894 au cœur du village, au cours duquel 70 maisons, essentiellement en bois selon la tradition locale, ont été détruites. Lorsque sa propriétaire l’a mise en vente, Le Grand-Bornand s’est porté acquéreur car elle témoigne d’une période de notre histoire. Elle s’insère dans cet arrière-village pour lequel la collectivité a engagé une réflexion urbanistique d’envergure.


Que vouliez-vous en faire quand vous l’avez achetée ?
A.P.-A : Plusieurs pistes ont été évoquées. Celle d’une opération de promotion immobilière a été écartée dès le départ en raison de la valeur historique de la maison. Nous avons pensé qu’un hôtelier voisin pourrait être intéressé d’en faire une annexe. Cela ne s’est pas fait. La Maison Augusta est restée longtemps vacante et dans son jus, dans l’attente d’autres acquisitions sur le secteur et de l’avancée de la rénovation urbaine. Seul l’ancien local commercial au rez-de-chaussée, accueillait, lors du festival Au Bonheur des Mômes, le café éphémère des artistes. Avec l’entrée en vigueur de la loi Montagne II (2016), notre commune touristique a signé avec l’État une convention l’engageant à créer des logements pour les travailleurs saisonniers. Dans nos communes supports de station de montagne, où les prix de l’immobilier atteignent des sommets, ils ne peuvent plus se loger. Or, les saisonniers sont indispensables au bon fonctionnement de nos stations et collectivités locales.

La réhabilitation de la Maison Augusta est donc la concrétisation de cet engagement ?
A.P.-A. : Effectivement. Elle retrouve sa vocation de location d’hébergements orientée vers les travailleurs de la station plutôt que les touristes. La commune, qui met déjà à disposition 300 logements pour les saisonniers, doit créer encore une quarantaine de lits supplémentaires pour répondre aux besoins qui nécessitent aussi, l’implication des employeurs. Tout en préservant les caractéristiques architecturales de la Maison Augusta, nous avons veillé à ce que ce bâtiment, une fois rénové, soit particulièrement performant en matière de consommation énergétique (les locataires devraient faire 70 % d’économie d’énergie à usage et périmètre équivalents). Le chantier s’est achevé cet automne et ses locataires, des saisonniers mais aussi des agents communaux, confrontés au même problème, se sont vus remettre les clés des huit logements (représentant une douzaine de lits). Le local professionnel accueillera un commerce d’artisanat.
Avez-vous d’autres projets similaires à l’horizon ?
A.P.-A. : Oui, un autre du côté du Chinaillon, au Pont de Venay, où nous prévoyons la réhabilitation des locaux du Département en partie désaffectés. Nous avons finalisé un accord avec le Conseil départemental pour acquérir ce bâtiment et y réaliser, comme dans la Maison Augusta, plusieurs appartements à destination des saisonniers et de nos agents communaux. Les travaux devraient bientôt démarrer.
Propos recueillis par Sophie Chanaron
Le chiffre
1,5M€
C’est en hors taxe le budget de la rénovation de la Maison Augusta. Il est financé à près de 70 % par la commune du Grand-Bornand. Le reste est complété par des subventions de l’État, via la Dotation de soutien à l’investissement local (455 700€), du Syndicat des énergies et de l’aménagement numérique de la Haute-Savoie (64 200€) et du Département de la Haute-Savoie (28 000€).
