Ce mercredi 14 octobre, en conférence de presse à l’Espace Mont-Blanc de Saint-Gervais, les géomètres-experts de la Haute-Savoie ont dévoilé la mesure officielle 2026 du mont Blanc : 4 807,47 m. Soit, arrondie, l’altitude que les écoliers des années 1980-1990 apprenaient par cœur avant que la valeur de 4 810 m, mesurée par l’IGN, ne s’impose dans les manuels. Un retour aux fondamentaux, mais qui ne dit rien d’une éventuelle fonte du sommet.
Une altitude qui ne cesse de bouger

Le chiffre n’a rien de figé. La série des mesures récentes le confirme : 4 807,81 m en 2021, 4 805,59 m en 2023 (soit 2,22 m de moins qu’à la mesure précédente), puis 4 808,51 m en 2024, 4 808,76 m en 2025 et donc 4 807,47 m en 2026. Les valeurs de 2024 et 2025 n’avaient pas été rendues publiques à l’époque. Le sommet varie en permanence, au rythme des saisons et des vents.
« Chaque mesure ponctuelle n’a pas d’importance en soi », préviennent les géomètres-experts. Et pour cause : la calotte glaciaire qui coiffe le sommet bouge avec le vent et l’enneigement. Vincent Gaillard l’a rappelé : entre le printemps et septembre, l’altitude évolue, et en hiver, le sommet mesuré est plus bas qu’en septembre. L’effet du vent suffit à déplacer le point culminant.
Conséquence amusante : la limite communale entre Saint-Gervais et Chamonix étant fixée au sommet du mont Blanc, c’est une frontière administrative qui bouge elle aussi, année après année.
Le rocher se cache sous 24 m de glace

Derrière le sommet glaciaire se cache un sommet rocheux, mesuré à 4 789,40 m, situé à 83 m à l’ouest du point culminant. Entre les deux : environ 24 m d’épaisseur de glace. C’est cette calotte, mesurable et modélisable, que les géomètres-experts suivent depuis 25 ans, à l’occasion de campagnes annuelles de mesure.
La dernière expédition est partie de Saint-Gervais le 15 septembre pour trois jours d’ascension et de relevés : 10 heures de montée, 2 500 m de dénivelé, 30 kg de matériel portés à dos d’hommes et de femmes, 11 cordées et 32 participants, guides et partenaires compris. Au sommet, deux heures de mesures au lever du soleil : relevé GNSS point par point, photogrammétrie par drone (plus de 1 300 images géoréférencées, plus de 15 millions de points), géoradar pour le rocher et gravimètre pour le champ de pesanteur.

Quelle tendance pour l’altitude du sommet ?
Depuis plusieurs années, le sommet reste sous les 4810 m. Faut-il y voir l’empreinte du réchauffement climatique ? Prudence, répondent les spécialistes. « On observe une tendance à la baisse sur 25 ans. Mais il manque 25 ans de mesures pour dire si ça baisse », ont-ils résumé en conférence de presse. Il faudrait une série de 50 ans de mesures pour conclure à une évolution durable — la série actuelle n’en couvre que la moitié. Et de rappeler aussi que l’IGN et son prédécesseur mesurait le mont Blanc à 4810 mètres en 1865 et à 4807 m à 1894. Une certaine stabilité donc.
À près de 4 800 m, le sommet ne semble pas directement impacté par le réchauffement, c’est un « encore froid, pas encore trop modifié par le climat » commente le glaciologue Luc Moreau, même si les sécheresses peuvent affecter la calotte glaciaire. Prochain rendez-vous dans trois ans pour les prochaines mesures publiques.
Photos par les géomètres experts de Haute-Savoie, Jean des Garets et Pascal Tournaire

Laisser un commentaire