Propriété du Département de la Haute-Savoie, le train à crémaillère le plus haut de France reliant le Fayet (580 m) au Nid d’Aigle (2 372 m) à Saint-Gervais, va retrouver une nouvelle jeunesse d’ici à 2026. Quelque 65 M€ d’investissements vont être engagés pour donner forme au projet de réhabilitation touristique du TMB, porté par la Compagnie du Mont-Blanc. Cette dernière en conserve la concession pour 15 ans, associée à la CDC/Banque des Territoires dans une société dédiée, la Compagnie du TMB.

Mathieu Dechavanne, pdg de la Cie du Mont-Blanc et Christian Monteil, président du Conseil départemental de la Haute-Savoie lors de la conférence de presse de présentation du projet (Jean-Marc Peillex était présent en visioconférence) © Actumontagne

Construit entre 1906 et 1913, le Tramway du Mont-Blanc, TMB pour les habitués, voit sa fréquentation, principalement estivale, s’éroder depuis une dizaine d’années. Le nombre de passages de l’ordre de 180 000 dans les années 2000, avoisine tout juste les 140 000 actuellement.
Cette ligne touristique patrimoniale, progressant sur une dizaine de kilomètres à travers tous les étages alpins en direction du mont Blanc, a incontestablement perdu de son attrait. Il devenait donc urgent de repenser avec ambition le TMB pour « piquer » à nouveau la curiosité d’un public pas ou peu montagnard, mais désireux de « toucher des yeux la montagne », pour reprendre Jean-Marc Peillex, vice-président du Département en charge du tourisme et maire de Saint-Gervais.

L’une des quatre futures motrices du TMB ©MBd Design

Dans le cadre du renouvellement de la concession de ce train centenaire qui arrivait à échéance fin mai, le Département de la Haute-Savoie avait ainsi demandé aux candidats de proposer un projet pour réinventer ce patrimoine vieillissant. Tout en respectant l’environnement exceptionnel dans lequel il évolue.

Après dix mois de procédure d’appel à candidatures, deux projets étaient en concurrence, l’un porté par la Compagnie du Mont-Blanc, l’actuel concessionnaire, associé à la Caisse des Dépôts et Consignations pour mutualiser les coûts, et le second par Edeis, gestionnaire d’aéroports et délégataire depuis 2017 du Petit Train de la Mure, propriété du Département de l’Isère (réouverture cette année après dix ans d’arrêt suite à des éboulements sur la voie).

Une gare et un belvédère au Nid d’Aigle

Pour la partie sommitale du projet, la CMB a travaillé avec le cabinet d’architecture norvégien Snohetta ©CMB

« L’Assemblée départementale de Haute-Savoie a voté à l’unanimité en faveur de son actuel exploitant, rompu au milieu spécifique de la haute montagne et au projet ambitieux, qualitatif et bien intégré dans son milieu », s’est félicité le président du Département, Christian Monteil. Il rappelle que la collectivité territoriale a engagé ces dernières années plus de 20M€ de travaux sur la voie et abonde chaque année à hauteur de 700 000€ pour compenser le déficit d’exploitation.

Portée par le groupement CMB-CDC/Banque des Territoires, cette rénovation représente un coût d’environ 65M€ d’investissements pour le département qui apportera également près de 800 000€ en subventions annuelles.

Dans ses grandes lignes, le projet de la CMB, qui devrait engager 3M€ de son côté, vise à procurer de « l’émotion, de la sensation et de l’esprit » aux visiteurs. Il prévoit une scénarisation de l’ensemble du parcours, rallongé de 300 mètres à son terminus. Principalement pour sécuriser le débarquement des usagers, mais aussi pour donner accès à plusieurs éléments inédits déployés sur le site sommital du Nid d’Aigle.

Tout d’abord, juste en dessous du refuge éponyme, une gare d’arrivée, dotée d’une centre d’interprétation immersif et ludique sur l’univers de la haute montagne. Ouverture partielle en juillet 2025 pour une ouverture définitive un an plus tard.

Un sentier d’interprétation sur le site du Nid d’Aigle © CMB

Il y aura également un circuit de randonnée facile d’une heure, ponctué de dispositifs explicatifs des différentes paysages traversés. Il sera accessible dès juillet 2025.

Enfin, très tendance, une plateforme d’observation panoramique sera installée sur le magnifique glacier de Bionnassay. Les visiteurs pourront profiter de ce belvédère dès juillet 2025.

La future plateforme d’observation au dessus du glacier de Bionnassay, encore particulièrement bien conservé ©CMB

« Ces nouveaux éléments vont transformer ce bel outil de transport en véritable produit touristique pour le territoire », estime Mathieu Dechavanne, pdg de la Compagnie du Mont-Blanc.
Pour Jean-Marc Peillex, très attaché au TMB, « fleuron touristique de la Haute-Savoie, l’expérience Mont-Blanc qui sera proposée aux visiteurs place notre territoire et le TMB au cœur d’un tourisme aussi convivial que responsable, en profitant d’un moyen de transport doux, rapide et multisaison, à la hauteur de ce que l’on doit aux habitants de la Haute-Savoie et à ses visiteurs ».

En parallèle, le remplacement des trois motrices, les célèbres Anne, Jeanne et Marie, est également programmé pour juillet 2022. Une quatrième, hybride diesel et électrique rejoindra le parc en 2023.

La gare de Bellevue, l’un des cinq arrêts intermédiaires de la ligne Le Fayet-Nid d’Aigle, terminus hivernal ©CMB

Avec ce site dédié au mont-Blanc, Mathieu Dechavanne espère atteindre les 185 000 passages en 2026 et 210 000 en 2034. « Notre modèle économique est la conjonction de la hausse de la fréquentation, du rallongement de la phase d’exploitation jusqu’à la Toussaint, et d’une légère hausse tarifaire », indique l’exploitant. Le billet devrait passer de 39€ en 2020 à 44€ en 2026. Les alpinistes conserveront un billet spécifique pour accéder au refuge du Nid d’Aigle.

Chiffre d’affaires visé par cet équipement complémentaire des autres sites de découverte chamoniards de la CMB (Aiguille du Midi, le Pas dans le vide, Train du Montenvers…) : 3,3M€ à la fin de la DSP, contre 1,8M€ aujourd’hui.

Sophie Chanaron

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