Au Pays du Mont-Blanc, on n’a pas attendu la crise sanitaire actuelle pour s’engager dans un tourisme moins dépendant d’une seule activité (le ski alpin) et plus respectueux de l’environnement local. De la biscuiterie bio Saint-Agônes à Sallanches, à la mise en place d’aires de préservation du tétras-lyre aux Contamines-Montjoie et à Praz-sur-Arly, en passant par l’auto-production d’un quart de l’énergie nécessaire au fonctionnement du Palais de Megève (centre sportif et de congrès) ou l’aménagement intégré d’un espace skiable débutant au Mont d’Arbois, sur Saint-Gervais, les initiatives pour promouvoir ce tourisme doux et bienveillant sont nombreuses.

Et si vous profitiez des vacances de Noël pour (re)découvrir le patrimoine de Combloux, comme son église baroque (inscrite aux monuments historiques), ou sa riche histoire avec ses habitants partis en Allemagne ou à Paris, avant de revenir sur leurs terres, notamment pour y monter les premiers hôtels ? C’est possible grâce à « Un Combloran à travers le temps », un spectacle mêlant théâtre et maping, joué tous les jeudis à 19h devant l’office du tourisme, même si, pour s’adapter aux contraintes sanitaires actuelles, il se décline pendant les vacances de Noël sous forme de petites saynètes, jouées sur rendez-vous et pour un public restreint.

Le spectacle « Un Combloran à travers le temps » mêle théâtre et maping

Cet ancrage dans le territoire local, on le retrouve aussi du côté de Cordon, à l’hôtel 4 étoiles du Chamois d’Or, érigé dans la plus petite station du Pays du Mont-Blanc (environ 1000 habitants) en 1929, et qui est monté en gamme au fil des ans, sans jamais perdre son côté pension de famille. « 80 % des clients sont des habitués – qui viennent en famille sur trois, voire parfois quatre,  générations – et notre personnel est aussi présent depuis dix à trente ans. De vrais liens se créent », assure Caroline Petitjean, arrière petite-fille des fondateurs du Chamois d’Or, dont elle est aujourd’hui la propriétaire. Celle-ci s’approvisionne beaucoup en produits locaux (fromageries, ruchers, potagers), tout comme « Le Blaireau qui brasse », une brasserie fondée à Passy en 2018 par Neil Mc Kearney, un Irlandais installé là-bas depuis treize ans. Avec sa femme Sarah, ils proposent deux gammes : classique (blanche, ambrée, blonde, IPA), mais aussi des bières éphémères, avec des fruits et plantes de la région (blonde au miel ou aux cerises de Passy, blanche à la fleur de sureau,etc).

L’Hôtel le Chamois d’Or, à Cordon

Le tout dans le respect de l’environnement, avec par exemple l’installation de panneaux solaires pour chauffer l’eau de brassage, le recyclage des cartons d’emballage et d’expédition ou la réutilisation de la levure.

© Le Blaireau qui brasse

Cette démarche écologique se retrouve aussi à la biscuiterie bio Saint-Agône, à Sallanches. « On a une labellisation agriculture bio. On produit aussi peu de déchets (100 litres par mois) et on les réutilise autant que possible : on fabrique par exemple des cornets de biscuits avec les sachets de farine, ou de la poudre à récurer les casseroles à partir de coquilles d’œufs broyées », détaille Stéphanie Negoce, qui a créé cette biscuiterie en 2014 avec son mari Bruno. Ne manquez pas de venir goûter la trentaine de biscuits qu’on y fabrique, aussi bien sucrés (chocolat, noix de cajou, citron, myrtilles, orange…) que salés (Beaufort, Abondance, bleu de Cordon, tartiflette, moutarde et thym…), et tout ça « avec des ingrédients de la cuisine de papa et de maman, c’est-à-dire sans additifs ».

Stéphanie et Bruno Negoce, de la biscuiterie bio Saint-Agône, à Sallanches

Ces différents exemples illustrent parfaitement les propos de Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais et président de la Communauté de Communes du Pays du Mont-Blanc, selon qui « notre territoire, c’est du tourisme permanent, qui fait vivre du monde dans nos villages. C’est aussi pour cela que nous sommes bien mieux préparés que d’autres territoires à affronter les crises, qu’elles soient sanitaires ou climatiques. Même avec moins de neige, nos stations restent ouvertes. Nous sommes prêts à la mutation vers un tourisme plus doux, plus étalé dans le temps. Aujourd’hui, il faut travailler sur des activités multiples, et non bi-saison. » Catherine Jullien-Brèches, maire de Megève et chargée du tourisme à la CC du Pays du Mont-Blanc, souligne également la complémentarité des stations et des villages de ce territoire, « qui travaillent en collaboration pour faire vivre des séjours de rêve à nos visiteurs. Nous œuvrons à des actions collectives, comme Noël au Pays du Mont-Blanc, avec quelques 90 animations au programme – spectacles, expositions, ateliers – afin de vivre des moments magiques ».

L’eau des piscines du Palais, à Megève, est chauffée grâce à la réutilisation de la chaleur générée par les groupes frigorifiques de la patinoire © Loïc Lagarde / OT Megève

Dans sa commune, le Palais (qui s’appelait anciennement le Palais des Sports), sorti de terre en 1968, a pris le virage du développement durable, avec notamment l’installation en 2016 de la turbine, une centrale hydro-électrique alimentée par le surplus des captages d’eau venant de la Livraz, qui permet d’alimenter les groupes froids de la patinoire et l’éclairage du bâtiment. Entre les panneaux solaires et photovoltaïques, ou la chaleur des groupes frigorifiques de la patinoire réutilisée pour chauffer l’eau des piscines et balnéoformes intérieures et extérieures, le gymnase et les tennis couverts, plus de 25 % de l’énergie nécessaire au fonctionnement du Palais est directement produite sur place. Même s’il n’y aura pas de ski alpin a minima jusqu’au 7 janvier, vous ne risquez pas de vous ennuyer pendant vos vacances. Pourquoi ne pas vous lancer dans une sorte d’enquête policière pour découvrir qui a dérangé le tétras-lyre de Praz-sur-Arly, porté disparu ? « C’est un jeu qui se déroule sur le domaine skiable, mais qu’on peut faire aussi bien à ski qu’à pied. Et derrière la dimension ludique, nous souhaitons sensibiliser les gens à l’impact des pratiques de loisirs sur la faune et la flore locales. Nous avons d’ailleurs une aire de préservation du tétras-lyre sur le domaine skiable, protégée par des filets », explique Patrice Blanc-Gonnet, le directeur de l’office du tourisme.

Les Contamines-Montjoie © OT Contamines

Aux Contamines-Montjoie aussi, on a mis en place des zones de protection de cet oiseau emblématique. Logique pour un territoire qui abrite la Réserve Naturelle la plus haute de France, qui occupe 550 hectares, soit les deux tiers du territoire de la commune, et sur laquelle on recense pas moins de 608 espèces animales et 760 espèces végétales. « Il ne s’agit pas d’interdire les activités humaines, mais plutôt de les concilier avec la protection du territoire. Nous souhaitons faire passer le message d’une montagne en partage, qui est à la fois un terrain de jeu pour nous et un terrain de vie pour les animaux », explique Geoffrey Garcel, garde technicien de cette Réserve Naturelle.

Le nouvel espace de glisse débutant aménagé au sommet du Mont d’Arbois, à Saint-Gervais

A Saint-Gervais, l’exploitant du domaine skiable a aussi été animé par cette volonté de concilier tourisme et environnement, lorsqu’il a aménagé un nouvel espace de glisse pour débutants au sommet du Mont d’Arbois… à découvrir dès que les remontées mécaniques auront le droit de rouvrir ! Cet espace, avec ses pistes progressives et douces, desservies par un tapis (couvert) et un téléski à enrouleur, a été imaginé de façon à s’intégrer au mieux dans le paysage, en épousant les courbes du terrain, ou en recouvrant la galerie du tapis par un toit végétalisé, de façon à ce qu’elle soit invisible lorsqu’on admire la vue depuis la crête du Mont d’Arbois. Avec ou sans ski alpin, le tourisme au Pays du Mont-Blanc se veut avant tout raisonné et durable…

Martin Léger

Photo de une : Le tétras-lyre, oiseau emblématique des Alpes, bénéficie d’aires protégées à Praz-sur-Arly et aux Contamines-Montjoie © Jérôme Ballet

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