Avis aux amoureux du bois, du design et de l’histoire alpine ! Jusqu’au 25 avril 2027, le Musée dauphinois à Grenoble propose « De tous bois », une exposition temporaire inédite. Conçue autour d’une donation exceptionnelle de meubles de la célèbre dynastie d’ébénistes grenoblois Hache, elle offre un face-à-face surprenant avec des créations de designers contemporains. Une immersion totale et gratuite dans l’art du bois au XVIIIe siècle.
Les Hache : les rois de la marqueterie au siècle des Lumières
Pour comprendre l’importance de cet événement, il faut remonter aux XVIIe et XVIIIe siècle. À cette époque, Grenoble compte à peine vingt mille habitants, mais elle grouille d’artisans stimulés par une clientèle locale friande des modes parisiennes. C’est dans ce contexte que la famille Hache (Thomas, Pierre, Jean-François et Christophe-André) va régner sur l’ébénisterie dauphinoise pendant plus d’un siècle.
Leur marque de fabrique ? Une virtuosité absolue dans l’art du placage et de la marqueterie. Inspirés par la mode de la capitale, ils utilisent les essences des forêts environnantes (noyer, frêne, prunier) pour créer des meubles d’apparat uniques. Ils développent des secrets de fabrication jalousement gardés pour teinter la matière, donnant naissance à des contrastes saisissants de rouge, de noir et au mythique « bois verdi », reconnaissable entre tous. L’alliance du vert (frêne verdi), du noir (ébène), du blanc (sycomore) et du rouge (palissandre ou amarante), crée des contrastes saisissants.
L’exposition est née d’une chance historique : une donation majeure de 19 meubles remarquables consentie en 2021 par Anne-Catherine Jouanneau, issue de la collection de son père, Maître Stephan Jouanneau, un avocat grenoblois passionné par les lignes fines des maîtres d’autrefois.
Un face-à-face audacieux avec le design contemporain

Mais n’allez pas croire qu’il s’agit d’une simple enfilade de commodes poussiéreuses. Le Musée dauphinois a eu la brillante idée de faire dialoguer ces chefs-d’œuvre classiques avec la création d’aujourd’hui prêtées par le Musée des Arts décoratifs de Paris. Sur 650 m² d’exposition, le parcours organise 8 dialogues thématiques entre 35 pièces estampillées Hache et des œuvres de 13 créateurs contemporains de renom.
Les contrastes sont fascinants. On y découvre par exemple une commode galbée de Jean-François Hache de 1778 qui fait écho au cabinet « Cloud in Chest » du designer Benjamin Graindorge, dont la surface assemble 3 000 pièces de bois à la main pour évoquer un nuage pixelisé. Plus loin, le travail classique côtoie les œuvres de la célèbre artisane Lison de Caunes, qui remet au goût du jour la marqueterie de paille , ou les meubles en bois de récupération du pionnier de l’upcycling, le Néerlandais Piet Hein Eek.
Secrets de fabrication et patrimoine vivant : les bonus de l’expo
Pour rendre l’expérience ludique et accessible à tous, l’exposition propose plusieurs dispositifs immersifs :
- Une matériauthèque regroupant 38 échantillons de bois et de matériaux divers pour toucher et comprendre la matière du bout des doigts.
- Le dispositif Explovision : une table numérique qui propose une « vue éclatée » en 3D d’un secrétaire en pente de 1753 signé Pierre et Jean-François Hache. On plonge virtuellement dans les secrets des 400 pièces (bois massif, placages, charnières et serrures) qui composent ce chef-d’œuvre.
- Une résidence d’artiste : l’ébéniste isérois Nicolas Vuillod (installé à Barraux) créera en direct une œuvre unique en bois local, qui rejoindra le parcours en septembre 2026 à l’occasion de la France Design Week.
Le petit plus qui fait la différence : l’entrée est totalement gratuite, le Musée dauphinois faisant partie du réseau des 11 musées gratuits gérés par le Département de l’Isère. Une excellente occasion de redécouvrir le génie artisanal de la région.

Infos pratiques :
- Où : Musée dauphinois, 30 rue Maurice-Gignoux, Grenoble.
- Quand : du 25 avril 2026 au 25 avril 2027.
- Tarif : gratuit.
- À ne pas manquer : la reconstitution d’un atelier d’ébéniste au cœur du parcours.
Illustrations : Commode, dite Mazarin, vers 1710-1720, Thomas Hache © Donation Stephan Jouanneau, coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère ; Commode, 1778, Jean-François Hache © Coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère ; Buffet bas Neuronal, 2022 Line & Raphaël Sycomore, noyer, marqueterie de chêne, châtaigner et orme, relief en nylon blanc imprimé en 3D Coll. Atelier Line & Raphaël, Ivry-sur-Seine


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