Le domaine skiable du Roc d’Enfer, trait d’union entre Saint-Jean-d’Aulps et Bellevaux, traverse l’une des zones de turbulences les plus critiques de son histoire. Placée en redressement judiciaire fin janvier 2026, la station haut-savoyarde tente de mobiliser sa communauté à travers une cagnotte en ligne sur Ulule. Un ultime pari pour maintenir l’activité et préparer une transition devenue inévitable.
Un modèle économique en mutation
L’annonce est tombée le 27 janvier dernier : le tribunal de commerce de Thonon-les-Bains a converti la procédure de sauvegarde de la société d’économie mixte (SEM) du Roc d’Enfer en redressement judiciaire. Avec une dette estimée à plus de 3 millions d’euros, la structure bénéficie d’une période d’observation allant jusqu’au 28 août 2026. Ce sursis permet la poursuite de l’activité pour la fin de saison, mais l’avenir au-delà de l’été reste suspendu à la présentation d’un plan de redressement solide. Pourtant, « la dernière saison a été exceptionnelle et la saison actuelle est en passe de la surpasser » précise la société sur Ulule. « Le Roc d’Enfer bat tous ses records : chiffre d’affaires en hausse, fréquentation en forte progression, satisfaction client au plus haut. » Mais les dettes accumulées liées aux mauvaises années, à la période COVID et à la hausse des coûts de l’énergie sont trop importantes.
Le Roc d’Enfer est un maillon vital pour l’économie locale. En pleine saison, la structure génère 70 emplois directs et près de 200 emplois indirects chez les commerçants, hébergeurs et écoles de ski de la vallée d’Aulps. Mais l’équilibre financier de ces « petites » stations est de plus en plus complexe à tenir : l’explosion des coûts de l’énergie et les investissements lourds nécessaires à l’entretien des remontées mécaniques pèsent lourdement sur les budgets.
Pour éviter une fermeture brutale, la station a choisi d’anticiper en lançant une cagnotte sur la plateforme Ulule. L’objectif est de mobiliser les skieurs fidèles, les résidents secondaires et les acteurs locaux pour sécuriser l’exploitation actuelle tout en investissant pour l’avenir.
Au-delà du ski : l’enjeu du « 4 saisons »
L’objectif de cette mobilisation dépasse la simple pratique du ski alpin. Les fonds collectés doivent soutenir le domaine dans sa phase de transition vers un « tourisme 4 saisons ». La station projette notamment de développer la randonnée, le VTT, le trail et la valorisation de son patrimoine naturel et de ses savoir-faire locaux. Parallèlement, le projet inclut la modernisation des remontées mécaniques pour tendre vers des équipements plus sobres et durables.
Cette stratégie de la « cagnotte de la dernière chance » n’est pas inédite en montagne. Avant le Roc d’Enfer, d’autres territoires ont ouvert la voie :
- Alti Aigoual (Cévennes) a récolté 20 000 € en 2024.
- L’Alpe du Grand Serre (Isère) a mobilisé plus de 60 000 € en 2024.
- Le Granier (Savoie) a réussi son passage en gestion associative dès 2019 grâce à l’aide citoyenne.
À ce jour, la mobilisation pour le Roc d’Enfer a déjà permis de réunir 19 075 €. Un premier pas significatif, mais le chemin reste long jusqu’au 28 août pour prouver que le cœur de la station bat encore assez fort pour convaincre la justice commerciale.
L’info en + : pour contribuer à la sauvegarde du domaine, la cagnotte reste accessible sur la plateforme Ulule sous le nom « Aidons le Roc d’Enfer ! ».

