Le 17 avril, Billy Fernandez, accompagnateur en montagne à Abriès (Hautes-Alpes) et Solène Petitdemange, médecin généraliste à Grenoble, lançaient une pétition en ligne demandant un accès responsable à la nature pendant le confinement. A l’heure où nous mettons l’article en ligne, elle a déjà recueilli plus de 134 000 signatures, dont celles de l’alpiniste Lionel Daudet, du triple champion du monde de snowboard freeride Xavier De Le Rue, du gardien de refuge et président de Mountain Wilderness France Fredi Meignan, du champion du monde d’apnée Guillaume Néry ou encore de l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho. Interview de Billy Fernandez.

Actumontagne : Pourquoi avoir lancé cette pétition ?

Billy Fernandez : Se promener seul dans une forêt, sur une plage ou à la montagne ne contribue ni à la diffusion du Covid-19, ni à surcharger les hôpitaux. A l’inverse, cela contribue à renforcer notre système immunitaire. De plus, étendre l’accès à la nature pendant la période actuelle de confinement permettrait de disperser davantage les gens pendant leurs promenades, et ainsi de limiter les croisements sur les trottoirs par exemple. Sans oublier une dimension de justice sociale pour les Français qui habitent dans des logements exigus en ville, par rapport à ceux qui sont en maison avec un jardin et/ou qui habitent à la campagne ou la montagne.

Accompagnateur en montagne à Abriès, mais actuellement confiné à Grenoble, Billy Fernandez est l’un des initiateurs (avec la médecin généraliste Solène Petitdemange) de la pétition pour « un accès responsable à la nature en période de confinement »

Votre demande s’appuie-t-elle sur des données scientifiques ?

De nombreuses études médicales démontrent l’effet bénéfique du contact avec la nature sur le stress, l’anxiété ou encore la dépression. Il est aussi prouvé que cet effet bénéfique se répercute sur le système immunitaire et sur les comportements d’addictions (alcool, tabac, anxiolytiques, psychotropes) et probablement sur les violences familiales. Dans un article du Figaro paru vers la mi-avril, on apprenait que 5,5 millions de Français déclaraient boire davantage que d’habitude et que 27 % des fumeurs et 22 % de ceux qui prennent des anxiolytiques avaient augmenté leur consommation depuis le début du confinement.

Ce confinement conduit aussi à davantage de sédentarité…

Oui. En étant limitées au rayon d’un kilomètre autour de chez elles, a fortiori quand elles habitent en ville, de nombreuses personnes se démotivent à l’idée d’aller marcher autour de chez elles. Rappelons que la sédentarité est responsable de 20 000 morts par an. Le chiffre de mortalité est identique concernant les accidents domestiques. A titre de comparaison, la mortalité en randonnée pédestre (uniquement les balades à pied, à l’exclusion des pratiques à risque comme l’escalade ou l’alpinisme) est d’environ 20 morts pendant la saison estivale, pour 10 millions de pratiquants en France.

© MonGRpréféré – FFRandonnée

Concrètement, en quoi consisterait cet « accès responsable à la nature » que vous appelez de vos vœux ?

Nous souhaitons que l’accès aux espaces naturels soit autorisé mais encadré, en portant à deux mètres la distance à respecter entre chaque individu, et en organisant le cas échéant la fréquentation, à la fois pour le respect des règles sanitaires et aussi pour la protection des espèces et des milieux, quitte à laisser fermés certains espaces naturels si la protection de l’environnement l’exige. On pourrait imaginer une liste d’activités autorisées – qui engloberait les pratiques ne présentant objectivement pas davantage de risques que le jardinage ou les activités domestiques, ce qui exclue des sports à risques comme l’alpinisme ou le base jump – avec une entrée par activité et des consignes de responsabilité.

Qui serait chargé d’édicter les règles ?

Il reviendrait aux autorités de définir un cadre. Mais il semblerait logique que les fédérations sportives concernées soient consultées pour établir des règles. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il faille un cadre et des sanctions, mais il faut aussi arrêter d’infantiliser les gens, et plutôt les responsabiliser. Si on prend l’exemple du VTT, aller rouler sur des chemins forestiers larges ne pose a priori aucun souci. A l’inverse, mieux vaudrait éviter une pratique de VTT de descente, car plus dangereuse. On en appelle aussi à la responsabilité individuelle pour évaluer ce qui est raisonnable, et ce qui ne l’est pas, dans le contexte actuel.

Pourra-t-on de nouveau se balader en montagne (ici aux lacs des Petites Rousses, entre l’Alpe d’Huez et Vaujany) à partir du 11 mai, voire avant ? ©Bruno Longo

Qu’attendez-vous du plan de déconfinement qui va être présenté ce mardi à 15h par Edouard Philippe à l’Assemblée Nationale ?

Nous avons adressé hier un courrier au Premier Ministre, ainsi qu’à Emmanuel Macron, pour leur faire prendre connaissance de notre pétition (si ce n’était déjà le cas). Nous espérons des annonces d’Edouard Philippe lors de la présentation du plan de déconfinement concernant un accès aux espaces naturels (voir ci-dessus) d’ici au 11 mai, et lors d’un éventuel reconfinement, puisque cela fait partie des hypothèses envisageables en cas de deuxième vague de l’épidémie.

Propos recueillis par Martin Léger

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