À partir du 7 février 2026, le Palais Lumière d’Évian consacrera une exposition d’envergure à l’une des figures de proue de l’art helvétique : Ferdinand Hodler. Intitulée « Modernité suisse. L’héritage de Hodler », cette rétrospective thématique rassemble 140 œuvres issues d’une cinquantaine d’institutions et de collections privées. À travers le regard de 55 artistes, l’exposition dresse un panorama inédit de la peinture suisse entre 1870 et 1930, révélant comment Hodler est devenu le centre de gravité — ou le point de rupture — de toute une génération de créateurs.
Hodler, le « peintre national » au cœur des enjeux

Arrivé à Genève en 1871, Ferdinand Hodler a su s’imposer en deux décennies comme la référence incontournable de la Confédération. Élevé au rang de « peintre national », il a excellé aussi bien dans les paysages alpestres que dans la peinture patriotique ou le portrait. Son influence a été telle que ses contemporains ont tous, d’une manière ou d’une autre, gravité autour de son œuvre, cherchant soit à s’y identifier, soit à s’en distancier radicalement.
Comme le souligne Pierre Alain Crettenand, co-commissaire de l’exposition, cette position dominante a suscité autant d’admiration que de rivalités. L’exposition met en lumière ce rôle de « père spirituel » qu’il a exercé pour certains, tout en présentant ceux qui ont cultivé leur propre voie, parfois dans une indifférence totale ou une opposition frontale au style hodlerien.
Entre héritage helvétique et influences françaises
Le parcours de l’exposition accorde également une place importante aux « peintres divergents », ceux qui ont refusé l’esthétique dominante pour se tourner vers d’autres horizons. C’est notamment le cas du groupe du Falot genevois, adepte d’une peinture tournée avant tout vers les codes français. Leur présence dans le parcours offre un contrepoint à l’esthétique de Hodler.
Ces dissidents côtoient les plus grands noms des mouvements qui ont secoué la Suisse à cette époque :
- Le divisionnisme est représenté par les ténors du genre que sont Oskar Lüthy ou Alexandre Perrier.
- L’expressionnisme se dévoile à travers les œuvres de Ludwig Kirchner ou Paul Camenisch.
- Le cubo-futurisme trouve ses ambassadeurs en Alice Bailly et Gustave Buchet.
- Le réalisme, enfin, occupe une place de choix avec les précisions de François Barraud ou le regard acéré de Félix Vallotton.
Cette confrontation de styles montre que si Hodler était le pilier de la modernité suisse, le pays était alors un véritable laboratoire où s’entrechoquaient influences alpines et avant-gardes européennes.
« Dans cette exposition les visiteurs pourront découvrir l’héritage de Hodler. Les artistes qui l’ont suivi, ceux qui au contraire se sont insurgés contre sa mainmise et sa peinture, ou d’autres qui ont cultivé leur chemin dans l’indifférence totale de l’héritage hodlerien »
Christophe Flubacher, co-commissaire de l’exposition, historien de l’art spécialiste de l’art suisse
Des thématiques fortes et des œuvres rares
La scénographie s’articule autour de thématiques qui ont forgé l’identité suisse : les Alpes comme motif fédérateur, les paysages lacustres, mais aussi des sujets plus universels comme la maladie, la mort ou l’autoportrait. L’un des points forts de cet événement réside dans la rareté des pièces présentées. Une majorité de peintures, mais aussi des dessins, des gravures et un bronze constituent ce fonds exceptionnel, dont certaines œuvres n’ont que très rarement été montrées au grand public. Une cinquantaine d’institutions suisses et de collectionneurs privés ont été sollicités pour ce projet.
La situation géographique du Palais Lumière, face à Lausanne et à proximité de Genève, en fait l’écrin idéal pour cette exploration de la peinture lémanique et nationale.
Informations pratiques
- Dates : du 7 février au 17 mai 2026.
- Horaires : ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 18h, le mardi de 14h à 18h (matinée également ouverte pendant les vacances scolaires).
- Tarifs : plein tarif à 9 € / tarif réduit à 7 € / gratuit pour les moins de 16 ans.
- Lieu : Palais Lumière, quai Charles-Albert Besson, 74500 Évian.

