Megève inaugure son nouvel espace culturel avec une exposition-événement sur l’un de ses hôtes célèbres. Intitulée Jean Marais, l’éternelle étoile de Cocteau, elle explore les nombreuses facettes du comédien, artiste complet, mais aussi défenseur avant l’heure de la nature et des arbres. Un engagement sans doute forgé par ses multiples immersions dans les paysages mégevans.

C’est au duo d’Arts Talents Expertise, Didier Jovenet et Romain Leray, que l’on doit l’exposition prolifique autour de Jean Marais qu’accueille Megève jusqu’au au 31 octobre 2020. Elle a été composée à partir de quelque 500 pièces uniques et personnelles de l’acteur, principalement issues de deux collections privées. Plusieurs d’entre elles sont inédites, à l’image de son journal intime, dévoilé en partie lors de cette exposition au Palais, où la ville de Megève vient d’aménager son nouveau lieu d’envergure dédié à la culture. De même, plusieurs photographies avec Jean Cocteau, Coco Chanel ou Picasso n’ont jamais été montrées. Des œuvres rares jalonnent aussi le parcours, comme l’un des plus grands tableaux de Jean Cocteau, ou encore le mannequin de Jean Marais réalisé par les ateliers Grévin dans son costume de roi pour le film Peau d’Âne de Jacques Demy.

Artiste protéiforme et libre

Jean Marais et Jean Cocteau étaient très attachés à Megève, considéré comme le « XXIe arrondissement de Paris dans les années 50-60 ». Les deux artistes ont laissé des traces encore visibles aujourd’hui. Notamment des fresques dans le restaurant Les Enfants terribles de l’hôtel du Mont-Blanc pour le poète-académicien. L’établissement compte également une très belle œuvre de Jean Marais, Le vase aux Serpents.
Après la disparition de son mentor en 1963, l’acteur a continué à venir skier à Megève et à s’y rendre régulièrement avec de nombreux amis et artistes. « Jean Marais a possédé deux boutiques dans le cœur du village dans les années 1975-80 où étaient vendues ses sculptures et céramiques réalisées à Vallauris », rappelle Romain Leray, commissaire de l’exposition et expert européen en arts du spectacle.

Grand comédien de cinéma et de théâtre, Jean Marais fut effectivement aussi créateur de mode, écrivain et dessinateur de contes pour enfant, sculpteur, peintre ou encore céramiste. « Avec cette exposition intergénérationnelle, le visiteur entre dans l’intimité d’un immense artiste, ayant marqué le XXe siècle », s’enthousiame Romain Leray. « Jean Marais avait de multiples talents et a côtoyé les plus grands génies artistiques entre 1937 et 1990 : Cocteau, Chanel, Lifar, Visconti, Picasso, Dali. C’est Pablo Picasso qui l’a encouragé à peindre dès 1940 ». L’auteur des Demoiselles d’Avignon aimait ce que dégageait la peinture de Jean Marais comme en témoigne un passage du journal intime du comédien, à lire dans ce parcours organisé autour de nombreuses thématiques.

Défenseur des arbres

L’exposition montre par ailleurs une facette moins connue de l’artiste disparu en 1998. Athlétique de nature, celui qui incarna aussi bien les héros poétiques des chefs d’œuvre de Jean Cocteau que ceux virevoltants des films de cape et d’épée de notre enfance, empruntait régulièrement le chemin du Calvaire jusqu’au plateau du mont-d’Arbois. Ces cheminements répétés sur ce sentier généreusement arboré l’ont inspiré. La nature et les arbres, qu’il considérait comme source de vie, sont ainsi très présents dans les sculptures et peintures choisies pour l’exposition. « Son rôle, précurseur à l’époque, en faveur de la défense de la nature et des arbres, nous montre un engament méconnu de l’artiste », souligne encore Romain Leray, incollable autant sur l’homme que sur son œuvre.
Sophie Chanaron

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