Sans le Covid-19, le salon Moutain Planet 2020 aurait ouvert ses portes ce 22 avril à Grenoble/Alpexpo. Cette édition du plus grand rendez-vous mondial consacré à l’aménagement de la montagne a été reportée en 2022, mais ses organisateurs ont tenu à marquer le coup symboliquement. Une conférence de presse en ligne a été organisée, avec Laurent Vanat. L’expert suisse du ski a présenté son 12e Rapport international sur le tourisme de neige et de montagne, correspondant à la saison d’hiver 2018-2019, la meilleure du millénaire dans le monde !

Alors que l’économie mondiale est quasi à l’arrêt et que l’avenir est totalement incertain, en particulier pour le tourisme, la présentation de Laurent Vanat nous renvoie une saison d’hiver en arrière. Et ça fait du bien ! A l’époque, point de Covid-19 à l’horizon. Les principales menaces à l’époque dans toutes les têtes, ou presque pour la destination neige, sont le changement climatique et le vieillissement de la clientèle, en particulier dans les Alpes. Néanmoins, l’industrie du ski, « si elle ne connaît pas de croissance forte, elle loin d’être sinistrée », souligne l’expert suisse.

Il a passé à la loupe 72 pays dans le monde pour son rapport 2020, dont le Népal, nouveau venu dans l’étude ! « La saison 2018-2019 est la meilleure du nouveau millénaire en matière de fréquentation des domaines skiables dans le monde (calculée en millions de journées skieurs). Il faut revenir dix ans en arrière pour retrouver la deuxième meilleure saison (2008-2009). En 2018-2019, le nombre de journées skieurs a progressé de 2% ».

Attirer les jeunes en station via le ski indoor

Les centres urbains d’apprentissage du ski, très répandus en Chine, pourraient-ils permettre aux stations de recruter une nouvelle clientèle ? A voir ! © Rapport 2020 L.Vanat

Si pour les États-Unis, l’hiver 2018-2019 est le 4e meilleur de toute l’histoire du pays, pour la France, ce n’est pas le cas (le meilleur cru des 20 dernières années est l’hiver 2012-2013). Mais il marque une reprise amorcée déjà la saison précédente 2017-2018, avec une courbe descendante moins marquée du nombre de journées-skieurs. Celles-ci avoisinent les 53 millions pour 8,6 millions de skieurs. « Il faut dire au grand public que l’industrie du ski ne se porte pas si mal en France, mais aussi rappeler aux stations qu’elles doivent continuer à faire des efforts pour renouveler leurs clientèles ».

Et parmi les pistes étudiées par Laurent Vanat dans ce domaine, outre l’amélioration du parcours client sur place, celle du développement d’infrastructures d’apprentissage du ski en milieu urbain. A ne pas confondre avec les skis-dômes dont la rentabilité n’a pas été établie en Europe, et écologiquement contestables.

La Chine compte plus de 1500 équipements indoor de ce type, pistes synthétiques ou simulateurs. En France, on commence à en voir (Bordeaux, à Lyon, à Cluses et bientôt à Lorient en Bretagne). Pour le Suisse, aller chercher les urbains et notamment les jeunes là où ils sont, c’est le mot d’ordre de la nouvelle décennie pour les stations. « Ces infrastructures légères comparées à un ski-dôme permettent de réduire les facteurs d’intimidation (froid, tenues ad hoc, monde sur les pistes…), elles sont très faciles d’accès pour des néophytes et la séance est à moindre frais par rapport à un séjour à la neige ».

Il est encore trop tôt pour connaître l’effet levier de ces centres urbains en direction des stations de ski. « Même en Chine où ils sont plus développés », reconnaît Laurent Vanat. « Les stations doivent nouer des synergies avec eux et imaginer des packages pour les jeunes urbains qui n’ont pas de culture montagne. L’enjeu dans 20 ans pour les stations n’est pas de savoir si il y aura encore de la neige, mais si il y aura encore des clients! », insiste Laurent Vanat. Pour lui les gisements de clientèles ne sont pas à l’autre bout de la planète pour les stations des Alpes, mais bien dans leur périmètre.