C’est un tournant stratégique majeur qui s’opère cet hiver sur les pentes de l’Espace Diamant. Derrière la carte postale des 192 kilomètres de pistes reliant le Beaufortain au Val d’Arly, la montée des températures a poussé les différents acteurs à revoir profondément leur mode de fonctionnement pour les 20 ans du domaine. Face à un déséquilibre grandissant entre la locomotive – Les Saisies et ses pistes en altitude – et les stations voisines du Val d’Arly, un nouvel accord a été scellé pour pérenniser l’exploitation et permettre la relance des investissements.
Le constat d’une fracture économique
Depuis plusieurs années, les exploitants font un constat sans appel : la répartition des recettes au sein du domaine skiable est devenue structurellement déséquilibrée. D’un côté, la station des Saisies, gérée par une Société Publique Locale (SPL), capte une part prépondérante des flux et de la valeur. De l’autre, les stations gérées par le groupe Labellemontagne (Flumet, Notre-Dame-de-Bellecombe et Praz-sur-Arly) peinent à dégager les marges de manœuvre nécessaires pour moderniser leur parc de remontées mécaniques. Après 3 exercices déficitaires, les pertes s’élèvent à 3,5 millions d’euros.
Cette asymétrie menace à terme la dynamique de l’Espace Diamant. Sans capacité d’investissement sur les liaisons et les secteurs périphériques, c’est l’ensemble du maillage qui risque de s’effriter. Les exploitants ont donc décidé de réagir en signant un nouvel accord-cadre visant explicitement à « rétablir un équilibre économique plus adapté entre exploitants ».
20 ans de l’Espace Diamant : un anniversaire fêté le 31 janvier
Les 20 ans de l’Espace Diamant seront célébrés le 31 janvier 2026, sur l’espace Erwin Eckl aux Saisies. La journée sera ponctuée de plusieurs temps forts, dont un concert ouvert à tous.
Un mécanisme de solidarité financière inédit
Le cœur de ce nouveau pacte repose sur une mécanique de régulation financière précise. L’équilibre financier de l’entité Val d’Arly Labellemontagne sera désormais sécurisé par un système de réversion ajustable. Jusqu’alors, seuls les flux de skieurs permettaient de reverser une part des recettes encaissées.
Dès cette saison, la clé de répartition sera fluctuante en fonction du résultat d’exploitation réalisé par le gestionnaire du Val d’Arly. Ce système de vases communicants, allant jusqu’à « une neutralisation complète si nécessaire de la réversion vers la SPL Domaines Skiables des Saisies » permet de lisser les risques et de garantir que chaque maillon de la chaîne dispose des fonds nécessaires pour fonctionner et investir. C’est une forme de contrat solidaire : la réussite des Saisies doit servir à irriguer l’ensemble du territoire pour maintenir l’attractivité globale du domaine.
Les premiers investissements : la télécabine de la Logère et le plateau du Lachat
Ce « choc de solidarité » a eu un effet immédiat : le déblocage de projets en attente. La preuve la plus visible de cette dynamique retrouvée est l’inauguration, cet hiver, de la nouvelle télécabine de la Logère (10 places). Cet appareil structurant transforme l’accès au domaine d’altitude depuis Crest-Voland, offrant débit et confort aux skieurs.
Parallèlement, le produit ski a été repensé sur le secteur stratégique du plateau du Lachat. Grâce à ces investissements, la liaison entre les différents villages gagne en fluidité, validant la pertinence du nouveau modèle économique.
Un domaine et des secteurs rationalisés
Cet accord s’accompagne également d’une politique de rationalisation stricte de l’offre. Pour retrouver l’équilibre, il ne suffit pas de mieux répartir les recettes, il faut aussi réduire les coûts d’exploitation là où la rentabilité n’est pas au rendez-vous.
Les skieurs devront s’adapter à plusieurs changements notables :
- Fermeture de 3 téléskis trop peu fréquentés et trop exposés au risque de manque de neige ;
- Une ouverture uniquement en vacances scolaires pour un téléski du domaine ;
- Un raccourcissement de la saison sur certains secteurs périphériques. C’est le cas des secteurs de Notre-Dame de Bellecombe village et Flumet (début mars) et du Mont-Rond et de Praz-sur-Arly fin mars.
Cette stratégie de rationalisation s’inscrit dans le temps long. Des adaptations supplémentaires sont d’ores et déjà programmées, dont le démontage du téléski des Seigneurs. À Crest-Voland, l’ouverture cet hiver d’une télécabine reliant le village aux pistes d’altitude permet désormais de disposer d’un équipement utilisable été comme hiver, indépendamment de l’enneigement, signe que la transition vers un modèle moins dépendant de la neige est dans tous les esprits.

