Les forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse sont en première ligne face aux bouleversements climatiques. Une récente évaluation de la Liste rouge des écosystèmes en France, menée par le Comité français de l’UICN, l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), révèle que près de la moitié des forêts de montagne – 10 écosystèmes sur 19 – sont menacées. Ces conclusions soulignent les conséquences des pressions climatiques sur ces régions naturelles, essentielles pour la biodiversité et les services écosystémiques qu’elles rendent.
Les forêts subalpines particulièrement menacées

Les résultats de cette étude mettent en lumière la vulnérabilité des forêts situées aux étages subalpins, les régions les plus élevées où les arbres parviennent à survivre. Parmi elles, les cembraies et mélézins, dominés par le Pin cembro et le Mélèze, figurent parmi les plus exposées. Ces écosystèmes, classés « en danger », souffrent de la réduction de leur aire de répartition naturelle et des mutations rapides de leur végétation. En altitude, les conditions deviennent de plus en plus sèches et chaudes, ce qui perturbe leur cycle de renouvellement et la survie des espèces adaptées au froid.

Autre écosystème potentiellement touché : les hêtraies, sapinières et hêtraies-sapinières subalpines, également classées « en danger ». Leur structure même – un mélange de Hêtre commun et de Sapin blanc – est fragilisée par des épisodes de dépérissement et une concurrence accrue avec d’autres espèces mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques. Ces forêts constituent pourtant un refuge essentiel pour de nombreuses espèces reliques adaptées aux hivers rigoureux.
Les forêts montagnardes ne sont pas en reste : huit écosystèmes – notamment les pineraies et certaines forêts mixtes – sont classés « vulnérables ». Bien qu’elles bénéficient d’une plus large distribution, elles subissent également des modifications significatives de leur environnement physique et de leurs processus écologiques.
Favoriser la biodiversité pour augmenter la résilience des forêts
Face à ce constat, plusieurs pistes d’action sont préconisées pour préserver ces écosystèmes menacés. L’encouragement de la naturalité des forêts figure en tête des recommandations. Beaucoup de forêts de montagne sont en effet issues de la sylviculture, avec de grandes sapinières. Cela passe par la restauration de leur biodiversité et le maintien des processus écologiques naturels qui permettent leur résilience. Il s’agit aussi de préserver les programmes de surveillance, essentiels pour suivre les évolutions de ces forêts et ajuster les politiques publiques.
Cependant, les trajectoires futures de ces forêts restent difficiles à prévoir. Les écosystèmes forestiers résultent d’un mélange complexe de facteurs historiques (sylviculture, reconquête des alpages) et naturels. Par exemple, un même type de forêt peut présenter différentes vulnérabilités selon sa localisation et son historique. De plus, le « cocktail » de pressions – réchauffement climatique, sécheresses répétées, pollutions et introduction d’espèces invasives – interagit de manière complexe, rendant les prédictions incertaines.
Une évaluation rigoureuse par des experts
Ces résultats sont le fruit d’une évaluation rigoureuse basée sur les critères de la Liste rouge des écosystèmes de l’UICN (union internationale pour la conservation de la nature). Pilotée par le Comité français de l’UICN, l’Office français de la biodiversité et le Muséum national d’Histoire naturelle, elle s’appuie sur les connaissances d’écologues forestiers et les données collectées par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) et plusieurs Conservatoires botaniques nationaux. Dix-neuf écosystèmes ont été évalués, en tenant compte des modifications survenues au cours des 50 dernières années et des projections futures.
Cette évaluation fournit à la fois un diagnostic précis et un outil de sensibilisation, rappelant que les forêts de montagne, bien que majestueuses et résilientes, ne sont pas à l’abri des changements rapides imposés par l’activité humaine. Elle appelle à des actions immédiates pour préserver ces écosystèmes uniques, qui jouent un rôle crucial dans la protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique.

