Parmi les nouveautés de la saison, les stations françaises mettent de plus en plus en avant l’économique circulaire, notamment sur les domaines skiables. Des acteurs majeurs de la montagne, comme Serre Chevalier, Val Cenis, Les Carroz et Le Grand-Bornand, renouvellent leurs équipements en réutilisant tout ou partie d’anciens appareils. Ces initiatives témoignent d’une réorientation des pratiques opérationnelles dans l’objectif affiché de concilier la viabilité économique des stations avec une plus grande sobriété en matières premières. Ce mouvement se manifeste également en Suisse et en Amérique du Nord.
Remontées mécaniques : le réemploi pour limiter le recours aux ressources
L’une des manifestations les plus visibles de cette transition est l’intégration du réemploi dans les projets de remplacement des remontées mécaniques, des installations qui représentent un coût environnemental et financier significatif.
À Val Cenis, l’exemple du télésiège des Roches Blanches, inauguré l’an passé, illustre le potentiel de ce modèle. L’appareil a été conçu en intégrant près de 90 % de composants de seconde main — sièges, gares, pylônes — provenant d’autres installations. Selon les exploitants, cette approche a permis de limiter le recours aux matériaux neufs à seulement 35 tonnes sur les 400 que représente la structure totale. Ce choix technique aurait abouti à une division par dix des émissions de gaz à effet de serre liées à la construction, tout en optimisant l’implantation par une réduction du nombre de pylônes.
De son côté, Le Grand-Bornand a procédé cet été au remplacement de son télésiège de la Taverne en adoptant un protocole strict de tri et de valorisation de l’ancienne infrastructure. Le nouvel appareil a été assemblé majoritairement à partir de pièces d’occasion, récupérées au sein d’un réseau inter-domaines. 80 % du poids total de l’appareil serait ainsi issu du réemploi.
Aux Carroz d’Arraches, un télésiège entièrement reconditionné
Plutôt que l’assemblage de pièces disparates, la station des Carroz a opté pour la voie du reconditionnement d’un appareil complet. L’ancien télésiège a été remplacé par une installation de six places acquises d’occasion dans les Pyrénées. Un phénomène qui a toujours existé, mais beaucoup plus mis en avant aujourd’hui par les stations.
L’opération a consisté à démonter, transporter puis remettre à neuf l’appareil sur les plans mécanique et électronique. Cette méthode a permis la réutilisation de près de 85 % des pièces d’origine. Au-delà de l’impact environnemental, estimée à 80 % à 90 % d’économie en CO², cette approche a également un impact sur les coûts : une économie budgétaire de l’ordre de 30 % selon la station.
Serre Chevalier : déploiement d’une stratégie globale de circularité
Laboratoire déjà avancé dans le déploiement des énergies renouvelables, la station de Serre Chevalier s’impose également comme un modèle dans la structuration d’une politique d’économie circulaire autour des trois piliers : réduction, réutilisation et recyclage.
Les initiatives se multiplient : 700 m² de bois de mélèze ancien (récupéré des gares de l’ancienne télécabine de Fréjus) valorisé localement, 100 tenues de travail (soit 25 % du parc) réparées annuellement, et 8 000 m² de bâches d’une retenue collinaire réutilisés…
La station explore également le « rétrofit » (modernisation) en réemployant l’acier d’un télésiège pour un appareil voisin et en prolongeant la vie de deux dameuses. En parallèle, la station développe des outils de mutualisation majeurs : la création d’un centre de ressourcerie et d’une plateforme digitale pour fédérer et partager les stocks de pièces d’occasion avec d’autres professionnels de la montagne.
Une dynamique également observée à l’international
L’intérêt pour l’économie circulaire dans la gestion des domaines skiables n’est pas isolé, observent les experts du salon Mountain Planet. En Suisse, le programme Greenstyle de LAAX déploie depuis plusieurs années une politique de tri et de réutilisation des matériaux à tous les niveaux de l’exploitation, de l’infrastructure à la restauration.
De même, en Amérique du Nord, le reconditionnement des téléportés devient une pratique établie. Au Canada, Castle Mountain Resort s’apprête à mettre en service un télésiège débrayable entièrement reconditionné. Aux États-Unis, des remontées de Whistler ont été revendues à d’autres domaines, notamment de plus petites stations.

