D’ici 2030, plus de la moitié des exploitants agricoles français va partir à la retraite. Les différentes filières se mobilisent donc pour encourager les installations, à l’image de celle de l’AOP Beaufort, le fromage star de la Savoie. Pour attirer les recrues, elle organise des formations qui misent largement sur l’interaction, le partage d’expérience et le parrainage. Rencontre avec le “rookie” Nicolas Collomb du Gaec Frillomb à Bourg-Saint-Maurice, hôte des Instants Beaufort ce 3 août à l’alpage des Marais près de Tignes.

Il en rêvait depuis tout petit, il l’a fait ! À 27 ans, Nicolas Collomb gère l’une des 350 exploitations laitières que compte la filière de production du « Prince des gruyères ». Une installation toute récente puisqu’elle remonte au 1er janvier 2021, en pleine pandémie ! Pas de quoi décourager le jeune homme qui assurait jusque-là des remplacements dans les fermes pour permettre aux éleveurs de prendre des congés. Il a pu reprendre une exploitation à la Thuile de Vulmix, sur la commune de Bourg-Saint-Maurice dans laquelle il avait déjà travaillé, rejoint depuis quelques mois par sa compagne, Julie Frison. Elle est son associée dans le gaec* Frillomb, contraction de leurs noms de famille respectifs. Leur exploitation compte 45 vaches de races Abondance, troupeau qui monte à 80 bêtes lorsque le couple prend ses quartiers d’été à l’alpage des Marais, à près de 2000 mètres d’altitude à Tignes.

Nicolas et Julie, la relève de la filière beaufort ©Syndicat de Défense du Beaufort

La force du collectif

Nicolas Collomb livre son lait à la coopérative de Haute-Tarentaise, à Bourg-Saint-Maurice. Une structure collective qu’il connaît bien pour y avoir été apprenti fromager dans ses années de formation. Un choix délibéré et quasi-militant. S’il dispose des compétences pour fabriquer du beaufort, il n’a pas souhaité créer son propre atelier. “Contrairement aux anciens et comme la plupart de la nouvelle génération, nous ne voulons pas tout sacrifier à notre travail pour préserver notre -future- vie de famille, et pouvoir prendre des congés”, explique ce “nouvel installé” comme on dit dans le jargon, défenseur du système de coopératives laitières instauré par ses aînés. Il a permis de faire perdurer l’agriculture dans les vallées de montagne, comme l’Appellation d’Origine Protégée (AOP), dont le beaufort peut se prévaloir depuis 1968. Ses règles de production strictes, notamment pour l’alimentation des vaches, sont parmi les plus contraignantes de France pour les éleveurs. Un frein pour le jeune exploitant agricole ? « Pas du tout, au contraire, elles sont le gage d’une meilleure valorisation de notre lait”.

L’alpage des Marais avec vue sur le barrage de Tignes

Hôte des Instants Beaufort

Nicolas, déjà trésorier des Jeunes agriculteurs de Tarentaise, s’implique aux côtés de ses pairs à qui il apporte énergie et regard neuf. Dès l’an dernier, il participait à l’opération les Instants Beaufort, rencontres en alpage entre des acteurs de la filière et les vacanciers. Rebelote ce 3 août dans son alpage des Marais dans le vallon de la Sache à Tignes. Il parlera de son quotidien, du bien-être animal, préoccupation montante et légitime du grand public. Il racontera aussi son parcours exemplaire et inspirant pour les candidats au métier, en particulier pour celles et ceux qui, comme lui, ne prennent pas la succession d’un parent. Ce type d’installation, dite “hors cadre familial”, reste largement minoritaire dans l’élevage laitier, en particulier en Savoie où les exploitations sont chères. Mais avec un projet qui tient la route, une forte motivation du porteur de projet et le soutien de l’écosystème, c’est possible. La preuve avec le gaec Frillomb !

Sophie Chanaron

Photos Syndicat de Défense du Beaufort

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