Chris Froome, Romain Bardet, Thibault Pinot, Richie Porte, Adam Yates… Comme à son habitude, le Critérium du Dauphiné proposera un plateau relevé, et permettra de donner une bonne indication sur l’état de forme de quelques-uns des favoris du prochain Tour de France. Présentation de l’édition 2019 (qui s’élance d’Aurillac le 9 juin, pour s’achever à Champéry, en Suisse, le 16 juin), avec Bernard Thévenet, ancien double vainqueur du Tour, en charge de trouver les villes-étapes sur le parcours.

Le parcours de cette 71ème édition est-il dans la lignée des précédents ?
Bernard Thévenet : Oui, dans la mesure où nous essayons toujours de proposer un parcours équilibré, afin que les quatre grandes catégories de coureurs (sprinteurs, baroudeurs, rouleurs, grimpeurs) s’y retrouvent. Nous aurons ainsi deux étapes pour les baroudeurs, deux pour les sprinters, deux pour les grimpeurs et un contre-la-montre. Après, il est vrai que nous nous éloignons un peu du territoire « classique » de la course, avec ce départ d’Auvergne. Mais c’est aussi pour répondre à la demande de la région AURA – partenaire du maillot de meilleur grimpeur – qui souhaitait qu’on aille en Auvergne.

© ASO – Alex Broadway

Cette année, il n’y a pas de « répétition grandeur nature » avant le Tour, pourquoi ?
C’est vrai que nous essayons traditionnellement de « récompenser » les coureurs qui viennent sur notre course en leur proposant des répliques quasi-exactes d’étapes qu’ils emprunteront un mois plus tard sur le Tour de France. Mais cette année, cela s’y prêtait moins, pour deux raisons. La première, c’est qu’il n’y a pas d’étapes inédites sur le Tour. La deuxième, c’est que les étapes alpestres se déroulant à très haute altitude, il fallait aussi prendre en compte la météo, beaucoup plus aléatoire en juin qu’en juillet. Clairement, on ne voulait pas prendre le risque de prévoir un passage par le Galibier et de devoir annuler l’étape en raison d’une météo dantesque. La neige au mois de juin, à cette altitude, ça arrive !

S’il n’est plus directeur de l’épreuve, Bernard Thévenet reste très impliqué dans l’organisation du Critérium du Dauphiné © ASO – B.Bade

Peut-on dire que l’étape Saint-Genix-les-Villages / Les 7 Laux-Pipay, avec ses 4150 m de dénivelé en 133 km, la veille de l’arrivée finale, est l’étape-reine de cette édition ?
Oui. La communauté de communes du Grésivaudan souhaitait accueillir une arrivée d’étape. Au départ, j’avais pensé à Prapoutel. Mais Pipay présente l’avantage d’être plus haut, et donc de rallonger l’ascension finale. Il s’agira d’une arrivée inédite, jamais empruntée par la moindre grande course auparavant. Certes, la fin de la montée vers Pipay ne présente pas de pourcentages extrêmes, mais elle arrive après beaucoup d’ascensions (cols de l’Epine, du Granier et de Marcieu). Du coup, les coureurs risquent d’arriver entamés. Le pied de cette ascension finale est assez corsé. Surtout, c’est assez irrégulier, avec pas mal de changements de rythme, ce qui est toujours plutôt favorable aux grimpeurs. On devrait avoir pas mal de bagarre entre les leaders, car c’est quand même toujours mieux d’être en jaune au départ de la dernière étape. Certes, aujourd’hui, c’est compliqué d’avoir plus de 20 à 30 secondes d’écarts entre les principaux favoris. A moins qu’un favori ait une défaillance, et là il peut vite perdre trois minutes.

Les routes du massif de Belledonne (ici lors de l’étape Grenoble-Valmorel en 2018) sont régulièrement empruntées par le Critérium du Dauphiné © ASO – Alex Broadway

Quel est le favori de cette édition 2019 ?
C’est vraiment dur de faire un pronostic cette année, car les principaux leaders n’ont pas forcément fait grand-chose cette année. Je ne suis même pas sûr qu’un Chris Froome et un Romain Bardet aient couru l’un contre l’autre depuis le début de la saison. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’aucun cador ne viendra pour faire de la figuration. Les leaders ont besoin de se montrer, pour se donner confiance, à eux-mêmes comme à leurs équipiers. C’est très important d’un point de vue psychologique, en vue du Tour de France.

Propos recueillis par Martin Léger

Photo de une : Comme souvent, le Critérium du Dauphiné fait la part belle aux étapes de montagne © ASO – Alex Broadway