Décalé de deux mois en raison du Covid-19 et réduit à cinq étapes (au lieu de huit), le Critérium du Dauphiné 2020 s’élance de Clermont-Ferrand le 12 août pour s’achever à Megève le 16 août. Cette année encore plus que d’habitude, il servira de test grandeur nature à tous les cadors du peloton pour s’étalonner par rapport à leurs adversaires, à peine plus de deux semaines avant le départ du Tour de France. Interview de Bernard Thévenet, directeur de course et ancien double vainqueur du Tour de France en 1975 et 1977. 

Bernard Thévenet © ASO – B.Bade

Actumontagne : Quelles modifications avez-vous apportées au parcours initialement prévu ? 

Bernard Thévenet : Si le départ reste à Clermont, on a déplacé l’arrivée de la première étape, de Lyon à Saint-Christo-en-Jarez. On a dû supprimer trois étapes. Ce n’était pas facile de faire un choix, mais on voulait garder le maximum de montagne et de grands cols. On a ainsi une première étape plutôt dévolue aux baroudeurs, et les quatre suivantes aux grimpeurs, donc aux favoris.  Malgré tout, certains sprinters seront quand même présents cette année, à l’image de Sagan, Colbrelli ou Greipel. Bien sûr, aucune étape ne leur est promise. Pour autant, c’est important aussi pour eux de grimper des cols en compétition, notamment pour un Peter Sagan qui vise le maillot vert sur le Tour de France, et qui doit donc être capable de bien passer la montagne pour cela. 

Avec Egan Bernal (à gauche) et Geraint Thomas (à droite), sans oublier Christopher Froome (absent sur la photo), soit les trois derniers vainqueurs du Tour de France, la formation Ineos fera figure de favorite sur ce Critérium du Dauphiné 2020. © ASO / Alex Broadway

Quel scénario voyez-vous sur les quatre étapes de montagne ? 

La première, programmée dès le deuxième jour de course, entre Vienne et le col de Porte, devrait permettre d’assister à une première grosse explication entre cadors. Le col de Porte est irrégulier, avec de nombreux changements de pente et de rythme. Comme l’étape est courte – 135 km – il risque de se monter très vite. Pour que l’échappée aille au bout, il faudra, selon la physionomie de la course, entre 2 minutes 30 et 4 minutes d’avance à Saint-Egrève, au pied de la montée finale. Le lendemain (Corenc / Saint- Martin-de-Belleville), les coureurs escaladent certes le col de la Madeleine, mais il est trop loin de l’arrivée pour qu’on y assiste à une véritable bataille entre cadors, qui devraient plutôt se départager dans la montée finale sur Saint-Martin-de-Belleville.

Impressionnant en début d’année 2020 (cinq victoires dont l’étape reine de Paris-Nice et les classements généraux du Tour de la Provence et du Tour des Alpes-Maritimes et du Var), Nairo Quintana fait partie des très sérieux prétendants à la victoire sur le Critérium du Dauphiné 2020. © ASO – Fabien Boukla

L’étape entre Ugine et Megève pourrait avoir une physionomie différente. La montée de Bisanne (12,4 km à 8,2 %) se trouve plus proche de l’arrivée (le sommet est à 33 km). Si des cadors peuvent partir à trois ou quatre dans Bisanne, c’est vraiment le bon plan pour eux.  Et même si elle n’est pas très dure, la montée finale sur l’altiport de Megève (7,4 km à 4,7 %) peut tout de même leur permettre de se défaire de leurs compagnons d’échappée. La dernière étape (Megève-Megève, avec notamment l’enchaînement col de Romme – Colombière, la côte de Domancy, la côte de Cordon et de nouveau la montée finale sur l’altiport de Megève) est difficile à prévoir. Ces dernières années, nous avons souvent eu des scénarios bizarres sur la dernière étape. C’est rarement un long fleuve tranquille. Il suffit qu’un cador qui aura un peu raté son Critérium jusqu’ici décide d’attaquer loin de l’arrivée, dans la perspective de se montrer en vue du Tour, pour que ça mette un beau bazar !  

Qui voyez-vous l’emporter cette année ? 

Au moins 7 ou 8 coureurs peuvent gagner. Ineos paraît l’équipe la mieux armée avec Egan Bernal, Geraint Thomas et Chris Froome, même si ce dernier sera sans doute encore un peu court sur le Dauphiné, mais sans doute plus performant sur le Tour. Il ne faut pas oublier Nairo Quintana qui a retrouvé des couleurs depuis le début de l’année et son arrivée chez Arkéa-Samsic, Primoz Roglic qui voudra s’affirmer avant le Tour, Thibaut Pinot, et même pourquoi pas Romain Bardet, qui devait initialement se concentrer sur le Giro, et qui aura une motivation différente avec la réorganisation du calendrier mondial. Tom Dumoulin, Miguel Angel Lopez, Steven Kruisjwik, Rigoberto Uran, Alejandro Valverde, Enric Mas ou encore Adam Yates sont également des candidats au podium, voire à la victoire. 

Primoz Roglic (maillot rouge) et Alejandro Valverde (maillot de champion du monde sur les épaules), ici lors de la Vuelta 2019, figurent parmi les principaux engagés de ce Critérium du Dauphiné 2020 © Photo Gomez Sports

Vont-ils tous se livrer à fond ? 

Comme les coureurs n’auront pas couru depuis longtemps en compétition à cause du Covid, ils auront encore plus besoin de se tester que les autres années. En tant qu’organisateurs, on espère que la bataille entre les cadors fera encore plus rage que d’habitude. Mais on n’est pas non plus à l’abri de la situation inverse, à savoir des favoris qui n’osent pas attaquer franchement, parce qu’ils manquent de repères. 

Propos recueillis par Martin Léger 

Photo de une : Emanuel Buchmann, Thibaut Pinot, Egan Bernal, Julian Alaphilippe, Mikel Landa et Steven Kruijswik (de gauche à droite), ici dans l’ascension du col du Tourmalet lors du Tour de France 2019, seront tous présents au départ du Critérium du Dauphiné 2020. © ASO – Pauline Ballet 

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