La quatrième édition du Salon de l’escalade, qui s’est tenue à Grenoble les 29 et 30 septembre, a été l’occasion pour Actumontagne de mesurer l’effervescence qui règne autour de cette discipline, en plein essor depuis 10 ans, et devenue olympique aux JO de Tokyo. Haut lieu de pratique de ce sport-loisir, en salles, comme en milieu naturel, le bassin grenoblois concentre de nombreux acteurs et équipementiers. Focus sur l’actualité de plusieurs d’entre eux.
L’escalade a le vent en poupe et sa mise en lumière lors des JO de Paris 2024, où elle fait partie des disciplines potentiellement pourvoyeuses de médailles pour la France, pourrait encore renforcer son attrait auprès des jeunes et des moins jeunes ! Lors d’une table ronde au Salon de l’escalade à Grenoble fin septembre, l’Union Sport & Cycle (USC) et l’Union des salles d’escalade (UDSE) ont rappelé quelques chiffres parlants. Il y a aujourd’hui plus de deux millions de Français adultes qui pratiquent l’escalade dans l’Hexagone, soit 500 000 de plus qu’en 2020. Parmi eux, un peu plus de 200 000 sont licenciés, soit à la FFME (115 000), soit la FFCAM (110 000). Après une chute d’adhérents en lien avec la crise sanitaire, ces deux fédérations représentatives ont vu la courbe de leurs licenciés repartir à la hausse et retrouver son niveau d’avant-Covid.
Côté équipements, si les murs poussent comme des champignons dans les gymnases des collectivités locales, c’est aussi la multiplication du nombre de salles d’escalade privées en milieu urbain depuis une décennie, qui dynamise la pratique. Il en existerait autour de 250 sur le territoire français. « Cette année, une trentaine ont ouvert ou vont ouvrir, à l’initiative principalement d’acteurs existants (Climb Up, Arkose, Vertical Art, Block’Out…), mais aussi d’une dizaine de nouveaux acteurs, sur un modèle de salles de moins de 1000 m² », indique Ghislain Brillet président de l’UDSE et créateur des salles Roc en Stock et Bloc en Stock. Des salles qui sont devenus de véritables lieux de vie (bar-restaurant, aire de coworking, espace bien-être, enfant…) où l’on vient à l’heure de l’apéro, fêter un anniversaire, faire des rencontres amicales et plus si affinités !

Un sport complet, une activité socialisante
Damien Jacquart, responsable marketing et du développement à l’USC, explique l’engouement pour la grimpe loisir par un double contexte favorable. « Les Français sont très attachés à la pratique d’un activité sportive : 88% d’entre eux se disent au moins un peu intéressé par le sport et 83% d’entre eux ont pratiqué au moins une fois une activité physique ou sportive au cours des 12 derniers mois, un taux de pratique en légère hausse », pointe-t-il.
Par ailleurs, si la marche, la natation, la course à pied et le vélo restent les activités de sport-loisir préférés des Français, ces derniers se montrent ouverts à des pratiques émergentes, comme le foot à 5, le padel tennis, le crossfit ou le MMA. » L’escalade fait partie de ces loisirs en plein essor, propices au partage de bons moments avec ses proches et à la déconnexion avec son quotidien. Ils demeurent préservés dans le pouvoir d’achat des Français », constate Damien Jacquart, soulignant combien la recherche de bien-être et de détente motive ces pratiques.
Ces flux de pratiquants rejaillissent évidemment de façon positive dans le volume d’activité des acteurs économiques de la grimpe, et notamment chez les équipementiers. La métropole grenobloise, le Grésivaudan ou encore le Pays voironnais comptent de nombreux protagonistes de la filière : Petzl, l’un des leaders mondiaux du matériel de montagne et de sécurité, 9A Climbing qui a racheté la marque EB, créateur du chausson d’escalade, les ateliers Henri Canin, cordonnier de référence de la communauté montagnarde. Voiron, avec son campus de la Brunerie, accueille l’élite tricolore et la relève de la grimpe avec ses murs extérieurs et sa toute nouvelle halle de vitesse. Rappelons que c’est également dans le Grésivaudan, à Saint-Vincent-de-Mercuze exactement, que le grimpeur François Savigny, a inventé en 1985 la première structure d’escalade artificielle et fondée la société Entre-Prises (désormais intégrée au groupe EP Climbing et installée dans la Savoie voisine).
Des prises d’escalades plus vertes avec BPS38

D’autres acteurs, artisans dans l’ombre ou start-up agiles et inventives, ont le vent en poupe. C’est le cas du groupe BPS38, basé à Saint-Vincent-de-Mercuze. Cette PME familiale, longtemps fabricant exclusif de prises et de murs d’escalade pour Entre-Prises, voit son chiffre d’affaires -non dévoilé- progresser de 20% par an depuis 2015 ! A côté de sa marque de prises d’escalade Osm’Ose, créée en 2006 et qui cible le grand public (collectivités et particuliers), BPS38 fonde beaucoup d’ambition dans sa nouvelle marque Ino’holds pour partir à la conquête des salles privées d’escalade. « Ces prises plus techniques sont fabriquées à partir d’un mélange de PET recyclé et de chanvre biosourcé, et imprimées 3D », explique Romain Balducci, chargé de la branche escalade dans la société depuis 2015. « En sachant que dans une salle d’escalade, une prise à une durée de vie entre 1 et 6 mois, nous tenions à travailler sur un consommable innovant aussi d’un point vue écologique », souligne l’entrepreneur, qui planche sur un process d’industrialisation de la fabrication, grâce à un accompagnement financier de BPI France, la banque publique d’investissement. Actuellement, l’entreprise fabrique 2000 prises par semaine dans son atelier, à comparer aux 100 000 prises par semaine de ses concurrents bulgares qui captent 80% du marché mondial de la prise d’escalade ! Dotée d’un outil de production industriel, elle va pouvoir monter en puissance, avec la ferme intention de faire revenir le savoir-faire de la prise d’escalade en France. Robin Balducci espère ouvrir son futur site de production avant fin 2024, du côté de… Chambéry. D’ici là, il compte développer les collaborations avec les shapeurs, ces grimpeurs ou ouvreurs chevronnés très recherchés pour inventer des prises favorisant une gestuelle spectaculaire. « Nous montons une entité en partenariat avec le Perchoir, la salle d’escalade de Crolles ouverte fin 2022 et où nous testons nos prises grandeur nature, pour faire reconnaître le métier de shaper et offrir des conditions de création « facilitantes » à ces « artistes ».
Avec YY Vertical, l’innovation se niche dans les détails

Créée en 2013 par Alex Yang, un ingénieur venu à l’escalade en débarquant à Grenoble pour son premier job, la marque YY Vertical -le premier Y pour Yang et le deuxième pour l’Y grenoblois !- a frappé fort d’entrée, avec ses lunettes d’assurage. Le fondateur de cette start-up installée à Saint-Vincent-de-Mercuze, a trouvé cette solution astucieuse pour soulager les cervicales du grimpeur-assureur. Ces lunettes à prisme permettent de renvoyer l’image du grimpeur à l’assureur sans qu’il ait besoin de lever la tête ! Une révolution dans le petit monde de la grimpe, rapidement copiée. Depuis, YY Vertical reste leader mondial sur les lunettes d’assurage, mais en dix ans, l’entreprise s’est diversifiée dans de nombreux domaines de la verticalité. De l’échauffement à la récupération, en passant par l’entraînement, ses produits malins font mouche auprès de la communauté des grimpeurs avec laquelle YY cultive une forte proximité. Parmi ses dernières créations, une brosse d’escalade indoor ultra-précise (pour enlever la magnésie sur les prises). Elle est fabriquée à partir des chutes de bois de sa nouvelle gamme de poutres d’entraînement (du débutant au grimpeur extrême). L’équipe vient de concevoir un outil de massage très compact et ultra-léger pour se glisser facilement dans les sacs à dos. Un produit que les grimpeurs peuvent tester dans des espaces avec chaises longues de nombreuses salles d’escalade avec lesquelles la marque est partenaire. Parmi ses best-sellers, ses mugs avec une prise d’escalade en guise de poignée, un produit signature qui s’arrache comme des petits pains ! Idem pour ses sacs à magnésie dotés d’une fermeture automatique brevetée pour contenir la volatilité de cette poudre, dont les particules fines ne sont pas sans risque sur l’organisme.
9A Climbing de Voiron à Sassenage

C’est en 2009 que Frédéric Tuscan, ancien grimpeur de haut niveau, fonde à Voiron la société 9A Climbing. Il reprend la marque pionnière de chaussons EB Escalade, dont il a longtemps porter les couleurs. En 2010, la jeune entreprise lance une marque dédiées collectivités, 6A. En 2019, elle commercialise le premier chausson réglable et multi-tailles du marché, facilitant la gestion de l’équipement des enseignants lors des séances d’escalade ! A la clé de cette innovation récompensée du prix Inosport la même année, des économies, puisque les deux tailles de ce modèle couvrent les pointures du 30 au 49. L’entreprise, qui réalise 20% de son chiffre d’affaires à l’export, imagine et teste ses chaussons dans ses locaux voironnais où, elle est désormais à l’étroit. En effet, avec l’explosion de la pratique de l’escalade, ses ventes doublent globalement tous les 2 ans. D’où la décision de déménager à Sassenage, dans la métropole grenobloise, où elle a fait l’acquisition d’un terrain. En cours de construction, le nouveau site devrait être livré en 2024. Il accueillera un atelier de fabrication de chaussons, en complément de l’usine marocaine, où des cordonniers experts réalisent l’essentiel de la production. Il faut 50 minutes pour réaliser un chausson au terme de 70 interventions manuelles, contre 30 minutes pour une basket.
Il y aura aussi un atelier de ressemelage, sans oublier un service R & D, avec un banc de tests étoffé par rapport à celui que 9 A Climbing possède aujourd’hui. « Avec notre futur atelier à Sassenage, nous allons pouvoir faire de l’ultra-personnalisation à partir de chaussons pré-assemblés au Maroc, ce qui est très demandé aujourd’hui, notamment sur le marché de la collectivité », indique le dirigeant. 9A Climbing investit 2M€ dans ce projet qui va faire grimper son effectif d’une dizaine de personnes à plus d’une trentaine, avec la possibilité d’une extension du bâtiment dans le futur.
Le pôle France d’escalade à la pointe de l’innovation

La France compte deux pôles nationaux d’escalade. Un a Fontainebleau et un autre, depuis 2006, au campus de la Brunerie à Voiron. Ce dernier accueille, en résidence ou en stage, les meilleurs grimpeurs tricolores du moment en vue des JO de Paris, ainsi que leur relève du pôle Espoir AURA, grâce à ses infrastructures exceptionnelles qui en font, d’après les spécialistes, l’un des meilleurs centres d’entraînement au monde. En mai dernier, la toute nouvelle halle d’escalade de vitesse a été mise en service par la FFME. Un équipement dernier cri de quelque 900 000 euros financé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Département de l’Isère et le premier financeur de la structure fédérale, l’Agence nationale du Sport.
Cette salle, construite sur du foncier octroyé par le Pays voironnais, est équipée de six lignes de vitesse avec assistance vidéo. Un mur est également instrumenté avec des capteurs pour permettre l’analyse biomécanique des forces lors des appuis des athlètes, dans le cadre d’un programme scientifique unique au monde. Baptisé PerfAnalytics, il est conduit par un pool de laboratoires (LJK pour INRIA Grenoble et GIPSA-LAB pour l’UGA), en partenariat avec la FFME. « Les scientifiques sont entrain de collecter d’innombrables données qui, associées à l’analyse vidéo, vont aider les entraîneurs à comprendre le geste sportif des grimpeurs, et in fine, vont les aider à améliorer leurs performances », explique Christophe Billon, conseiller technique à la FFME, pour qui les JO de Paris constituent une formidable vitrine pour l’escalade sportive, mais aussi l’escalade de loisir.

L’escalade au cœur des équipements sportifs du Grésivaudan
La communauté de communes Le Grésivaudan, entre Grenoble et Chambéry, rassemble une quarantaine de communes. Labellisé Terre de Jeux 2024, ce territoire au pied des massifs de Belledonne et de la Chartreuse, propose toute une programmation ad hoc autour d’activités sportives, en collaboration avec les associations locales, que la collectivité territoriale iséroise soutient à hauteur de 160 000 euros (hors Coupe Icare). Parmi les grands projets du mandat d’Henri Baile et son équipe, l’amélioration de la qualité d’accueil dans les équipements sportifs, avec une attention particulière pour l’escalade, via le sport scolaire ou dans les clubs affiliés à la FFME.

A l’occasion de la rénovation du gymnase du collège de Saint-Ismier, achevée fin 2022, un nouveau mur d’escalade a été installé (ci-dessus). Le Grésivaudan a été accompagné par la FFME, et a concerté les différents utilisateurs de cet équipement pour proposer une structure la plus adaptée aux pratiques du moment. C’est la société Pyramide qui l’a réalisée. Le traçage des voies et le montage des prises ont été effectués par la société Vertic’o. Le mur compte une vingtaine de lignes et 70 voies possibles, du 4A au 7C. Un investissement de près de 100 000 euros. Il précède celui à venir dans le gymnase Cucot à Pontcharra, dont la reconstruction devrait débuter en 2024.
Une BD sur l’escalade cosignée Catherine Destivelle

Au Salon de l’escalade à Grenoble, la grimpeuse et alpiniste Catherine Destivelle, éditrice de livres de montagne à travers sa maison d’édition Les éditions du Mont-Blanc, fondée il y a dix ans, co-signe avec David Chambre et Laurent Bidot à l’illustration, une formidable bande dessinée sur l’escalade. Une discipline qu’elle connaît parfaitement pour avoir été dans les années 80-90 parmi l’élite mondiale, et dans laquelle elle était l’une des rares femmes. Des premières ascensions sur les massifs européens à l’escalade libre dans les Dolomites, en passant par le solo intégral d’El Capitan au Yosemite, à la maîtrise du bloc à Fontainebleau ou encore à l’utilisation du crash pad jusqu’en Finlande, Il était une fois l’escalade retrace 300 ans d’évolution de l’escalade. Pas besoin d’être du sérail pour se passionner pour cette épopée. Cet ouvrage ravira tant les grimpeurs chevronnés que le néophyte désireux de comprendre l’explosion de la pratique de l’escalade… et de s’y mettre ! Un livre coédité par les éditions du Mont-Blanc et par Les Arènes. Il sort ce 12 octobre. 204 pages, 27€.
Photo de Une : Contest au Salon de l’escalade de Grenoble 2023 ©Kilian Lahais

