Du 1er au 13 août, le Festival baroque de Tarentaise célèbre sa 30e édition sous le signe de la passion. En trois décennies, l’événement musical s’est hissé parmi les temps forts de l’été, séduisant autant les baroqueux que les mélomanes non initiés. Élise Tatin, son âme et sa cheville ouvrière, revient sur quelques souvenirs marquants du plus ancien des trois festivals de musique baroque en Savoie Mont-Blanc.

Actumontagne : Comment est né le festival ?
Élise Tatin
 : Ce festival a muté ! En fait, il a plus de 30 ans car il existait avant les années 90, porté par l’association les Amis du festival de musique baroque en Tarentaise, dont je faisais partie. Mais celle-ci rencontrait des difficultés. Nous fêtons en fait la 30e édition du festival sous l’égide de l’association Musique et Patrimoine en Tarentaise. Celle-ci a été fondée en 1992, la même année que les Chemins du baroque® de la FACIM. Cette année-là, j’allais assister à un concert à l’église de Montvalezan avec Roland Pidoux au violoncelle et Brigitte Haudebourg au clavecin. Je nous revois marcher en direction de l’église avec Paul Cousseran, son mari. Ce dernier m’a proposé de créer l’association Musique et Patrimoine en Tarentaise pour développer un grand festival itinérant dans les églises baroques de la vallée. Brigitte Haudebourg assurerait la direction artistique. J’ai dit banco. Paul a été président de l’association pendant un an, puis j’ai repris le flambeau jusqu’à maintenant. Le festival occupe tout mon temps et globalement c’est 30 ans de bonheur !

Actumontagne : A-t-il réussi selon vous à populariser la musique baroque hors des cénacles ?
É.T
. : Je le crois. Au départ, beaucoup de personnes sur place en Tarentaise, nous disaient, « ce n’est pas pour nous la musique baroque, nous n’allons pas la comprendre ». Nous leur répondions à chaque fois, « il n’y a rien à comprendre, il y a juste à écouter ! ». Une année, à Val d’Isère, où le festival avait programmé un concert de flûtes à bec, une Avaline d’un certain âge voyant du mouvement devant l’église, s’était approchée. Je sentais qu’elle hésitait à entrer. Je l’ai invitée à le faire mais elle m’a répondu qu’elle n’y connaissait rien et n’avait pas d’argent. Je l’ai faite rentrer en lui disant qu’elle pourrait repartir à l’entracte si la musique lui déplaisait. À l’entracte, elle vient me voir des étoiles plein les yeux et me demande si elle peut rester en deuxième partie ! J’ai plein d’anecdotes de ce genre ! Faire découvrir cette musique écrite entre 1580 et 1750 à des néophytes fait partie de mes grandes satisfactions.

Les six instrumentistes de l’ensemble Les Masques revisitent Bach ©DR

Actumontagne : Deux autres souvenirs marquants que vous pourriez encore nous citer ?
É.T
 : Une année, les valises des musiciens et de la soprano qu’ils accompagnaient, Lynne Dawson, ne les ont pas suivies dans leur transfert. Lynne était désemparée car elle n’avait pas sa tenue de concert. Les artistes ont toujours du stress avant un récital, et en général, ils l’apprivoisent avec leurs propres affaires, leurs petits rituels. Nous lui avons prêté des vêtements noirs, une couleur neutre. Elle a chanté admirablement bien sûr ! Plus récemment, le dernier souvenir très fort en émotion remonte à nos quatre concerts de l’année dernière, organisés en dernière minute alors que nous nous étions résignés à annuler le festival avec l’épidémie de Covid-19. Pendant trois jours, nous avons pu retrouver un peu de notre public et des musiciens qui nous sont chers, comme ceux de La Chapelle Rhénane, La Rêveuse et Ophélie Gaillard. Nos partenaires, Moûtiers, Albertville et la Caisse d’Épargne, auprès de qui je joue chaque année les mendiantes, nous ont aussi apportés un soutien indéfectible en 2020 !

Actumontagne : Quelques mots sur la programmation 2021 , concoctée par Jean-Luc Hyvoz, votre binôme à la tête du festival ?
É.T : 14 concerts, 10 ensembles, 12 programmes sur le thème de la passion. De la passion amoureuse à la Passion du Christ. Et parce que le festival s’ouvre depuis longtemps à d’autres formes d’expression artistique, deux spectacles associent musique et littérature. Des poèmes de l’écrivain napolitain Erri de Luca (né en 1950) entreront en résonance avec la musique de la compositrice baroque Barbara Strozzi (1619-1677). Et une mise en scène autour des Caractères (1688) de Jean de La Bruyères, avec le metteur en scène de théâtre baroque Benjamin Lazar. Nous organisons aussi une avant-première inédite le 29 juillet, un voyage musical et culinaire exceptionnel au restaurant trois étoiles La Bouitte dans la vallée des Belleville, concocté par la violoncelliste Ophélie Gaillard et les chefs René et Maxime Meilleur à leur piano de cuisine.

Des musiciens baroques de haut de vol comme Ophélie Gaillard et l’ensemble Pulcinella ©DR

Propos recueillis par Sophie Chanaron

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