Journaliste, écrivain, réalisateur, Gilles Chappaz fait partie du comité scientifique de la Maison des Jeux olympiques d’hiver à Albertville. Il a participé à la conception de l’exposition permanente de cet espace muséographique unique en France, ouvert en 1992. Il contribue aussi régulièrement à ses expositions temporaires, dont celle en cours actuellement, Imagine ta montagne. Nous lui avons demandé d’imaginer sa Maison des Jeux d’hiver, à l’heure où une réflexion est menée autour de son avenir.

Actumontagne : Pourquoi depuis 2000, faites-vous partie du comité scientifique de la Maison des Jeux olympiques d’hiver ?
Gilles Chappaz : Je trouve que c’est très intéressant et enrichissant intellectuellement. J’y ai côtoyé et y côtoie encore, Alain Arvin-Berod, historien de l’olympisme, Pierre Préau, professeur de géographie émérite de l’Université de Savoie, Yves Ballu, écrivain et historien, Edgar Grospiron, qu’on ne présente plus, Jean-François Lyon-Caen, maître assistant à l’école nationale supérieure d’architecture de Grenoble et bien sûr, Claire Grangé, la directrice de la Maison des Jeux. Nous réfléchissons, nous échangeons des idées et des points de vue et ça se concrétise par des expositions qui tentent d’être pertinentes, accessibles. Cette réflexion, elle nous embarque, nous oxygène les neurones ! Cet exercice nous fait du bien, mais nous pensons, qu’il peut faire du bien aux personnes découvrant les expos qui en découlent.

Actumontagne : Quel regard portez-vous sur la Maison des Jeux ?
Gilles Chappaz : C’est un lieu qui a une histoire, une vraie pertinence, une vraie raison d’exister au pied des stations de Tarentaise qui ont accueilli les Jeux olympiques d’hiver de 1992. C’est un outil formidable d’éducation, bien animé, qui dégage de l’énergie et de la vitalité, notamment à travers ses nombreuses expositions temporaires. C’est un lieu symbolique et patrimonial, dont on a le sentiment qu’actuellement, il se limite à l’expression d’une bonne conscience. Si Albertville a voulu les Jeux, c’est bien que la communauté a trouvé un sens à l’olympisme à l’époque. Les Jeux ont changé le cours de l’histoire d’Albertville. Comme ils ont changé celui de Lillhammer ou Nagano. Il y a une beauté du geste à avoir une Maison olympique, unique en France. Il faut en faire quelque chose d’ambitieux pour la cité et le territoire, et que les Albertvillois et les Savoyards se l’approprient. Pour moi, la Maison des Jeux olympiques est l’une des vitrines d’Albertville, une porte d’entrée sur l’histoire des stations de sports d’hiver, la montagne et l’olympisme. Elle peut faire venir du monde.

Gilles Chappaz, Edgar Grospiron, Aldo Audisio et Alain Arvin-Berod ©Claire Grangé

Actumontagne : Que suggéreriez-vous si vous deviez imaginer une nouvelle Maison des J.O ?
Gilles Chappaz : Les élus sont mieux placés que moi pour savoir ce qu’il convient de faire…Pour moi, la Maison des Jeux olympiques, dont je conserve bien le nom parce que cela renvoie à la notion d’accueil, serait le cœur d’un campus olympique. J’y mettrais la Maison des Jeux, le Centre national de ski de haut niveau, je m’arrangerais pour qu’il y ait aussi des associations culturelles et sportives en lien avec la montagne et l’olympisme, des centres de formation. Dans ce campus, j’imaginerais des couleurs. Les 5 couleurs des anneaux olympiques qui serviraient à délimiter différents espaces dédiés à la culture, au sport, à la formation… L’anneau central serait la Maison des Jeux avec tout ce qu’elle peut représenter. Je retendrais aussi les liens avec les stations de Tarentaise, qui existent et qui sont à renforcer. Il faut donner envie aux gens qui vont dans ces stations, de s’arrêter d’abord là, à Albertville. Pourquoi ceux qui s’arrêteraient à la Maison de Jeux ne bénéficieraient-ils pas, par exemple, de réduction sur telle ou telle activité ? Il faut recréer du lien et impliquer différents partenaires du milieu de la montagne et des sports d’hiver.

Actumontagne : Un projet européen de coopération avec le Musée national de la montagne de Turin est envisagé. Qu’en pensez-vous ?
Gilles Chappaz : Turin est une ville olympique, ce rapprochement est très logique. Que le musée national de la montagne de Turin, très sollicité par ailleurs, veuille de cette coopération, c’est qu’il trouve une pertinence et une raison d’être à la Maison des Jeux, et qu’il soutient sans réserve son action !

Propos recueillis par Sophie Chanaron

 

 

 

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