Coup de projecteur sur les sports d’hiver à quelques jours du lancement de la saison, Before Winter a réuni pour sa deuxième édition au Phare, à Chambéry, plus de 4000 personnes. Dont près de 800 pour assister aux Winter Talks. Ce qu’Actumontagne a vu et entendu !

L’événement trois en un imaginé par Jean-Louis Sevez pour lancer la saison d’hiver, le 26 novembre dernier, a su drainer près de 4000 personnes au Phare, dans un mix grand public et professionnel, rare sinon inédit. L’espace Digital Altitude, dans le hall d’entrée du Phare s’est progressivement rempli au fil de l’avancée de la journée et de la sortie des bureaux. Dédié aux innovations digitales des stations, il a attiré un visitorat plutôt jeune, avide de technologies. Ces geeks auront pu essayer le simulateur de ski présenté par Rossignol, testé par les deux membres du groupe Frero Delavega pour se mettre en jambe avant le concert du soir !

A Digital Altitude, le duo Frero Delavega a skié virtuellement ! © Caroline Moureaux
Avoriaz a dévoilé son original selfie tour, soit 12 endroits emblématiques de la station où les vacanciers sont invités à se prendre en photo dans la station, puis à partager leurs clichés sur Instagram. Ainsi, ils contribuent à alimenter les réseaux sociaux pour le compte de la destination, en mode bonne humeur. Et pour les encourager dans cette initiative, la station récompense les meilleurs selfies à la fin de la saison.

Montgenèvre à Digital Altitude
Montgenèvre avait aussi choisi de venir montrer à Before Winter, toutes ses initiatives dans le domaine du numérique, et notamment, évoquer les nouvelles bornes d’information mises à la disposition des hôtes de la station à l’office de tourisme pour avoir toutes les infos pratiques (météo, adresses des restaurants, plan des pistes, vidéos). L’équipe de l’office a aussi évoqué la refonte totale de son site Internet pour la saison prochaine, avec encore plus de fonctionnalités et d’interactivité.
Gros succès pour Alpium, spécialiste de la vidéo immersive. Les visiteurs ont fait la queue pour coiffer ses derniers masques et plonger virtuellement dans un paysage de montagne à 360°.
Le Cluster Montagne aussi était présent, pour faire la promotion du site emploi-montagne.com. Lancé en partenariat avec Domaines Skiables de France lors d’Alpipro, à Chambéry en avril dernier, il a enregistré plus de 12000 connexions en 5 mois. Un autre partenaire a rejoint Domaines Skiables de France pour soutenir cette plateforme aux côtés du Cluster, l’ANMSM (Association nationale des maires de stations de montagnes).

Le Cluster Montagne présentait sa plateforme pour l'emploi
Ekosport, parmi les leaders français de la vente de skis en ligne, a pu nouer des liens « physiques » avec ses clients ou des prospects. Créé en 2007 et installé à Montmélian en Savoie, ce pure player emploie près de 70 personnes et propose près de 30 000 références de matériel d’outdoor à la vente. A l’origine positionné plutôt sur les fins de séries, le site de e-commerce vise l’équilibre entre ces dernières et les nouvelles gammes. Ekosport commerce avec une douzaine de pays et assure livrer en 24 heures.

Rencontre avec trois Winter Talkers

Plus de 800 personnes aux Winter Talks

 

Yann Costes, fondateur de NewQuest à Chambéry

Yann Costes de NewQuest
 
C’est en 2007 que Yann Costes crée à Chambéry, NewQuest, une petite agence web. Huit ans plus tard, la start-up est présente dans trois pays et emploie une soixantaine de collaborateurs, dont la moyenne d’âge ne dépasse pas les 25 ans. Yann Costes est un observateur privilégié de la digitalisation en marche de l’industrie touristique dans les Alpes et dans les Savoie en particulier. Il constate qu’en 15 ans, le numérique a bouleversé l’économie des loisirs en montagne. Aujourd’hui, cette dernière est même devenue totalement dépendante du digital. Et de rappeler que 50% des réservations de séjours dans les deux Savoie se font en ligne. Le numérique accompagne les vacanciers avant, pendant et après leur séjour en montagne.

Or, Yann Costes alerte sur un problème qui est entrain de surgir, le manque de formations aux nouvelles compétences qu’exige la digitalisation de l’économie touristique. Le patron de NewQuest indique ainsi qu’au sein de son entreprise plus d’une vingtaine de métiers qui n’existaient pas il y en encore 5 ans. Or, en France, il n’existe pas assez de cursus pour former les profils dont le numérique a besoin. Ce n’est pas un hasard, souligne-t-il si de grandes entreprises du secteur des nouvelles technologies, comme Free, créent leurs propres écoles. La montagne, très dépendante du numérique, a donc besoin de personnes créatives en la matière, notamment des développeurs. Si elle ne les a pas sur place, il va falloir aller les chercher ailleurs, sous peine, dans l’univers hyper concurrentiel du tourisme, de perdre du terrain face à d’autres destinations. « Nous ne sommes pas confrontés à un problème d’outils numériques, ni de réseau puisque 75% du territoire des stations de Savoie reçoit la 4G, mais à l’usage des objets connectés, et pour cela il faut des compétences, dont on risque de manquer localement si l’on ne change rien ».

Yariv Abehsera, président de TravelSki

Yariv Abehsera, président de Travelski

Un marché mature les sports d’hiver ? Que nenni répond Yariv Abehsera, le président fondateur en 2005 de TravelSki, spécialiste de la vente de séjours tout compris sur le net, ravi d’avoir été invité à Before Winter. Si la fréquentation des domaines skiables stagne depuis plusieurs années après une décennie de croissance, c’est en raison d’un manque d’adaptation des stations aux attentes de la clientèle. « Pour les non initiés, la montagne n’est pas facile à pénétrer, à comprendre. C’est un milieu anxiogène ». Il faut donc se recentrer sur la relation client et multiplier les points de contact avec lui.

Pendant 40 ans, les opérateurs touristiques n’ont travaillé la relation client qu’au moment de l’acte d’achat et de la fidélisation. Aujourd’hui, l’environnement a changé et le client également. Le premier est multi-concurrentiel, multi-canal et multi-supports (tablette, smartphone, ordinateur..). Le second est hyperconnecté, très informé, son meilleur compagnon de vacances est son mobile, il est omnicanal et donc volatile. Il souhaite un accueil et une expérience personnalisés. La relation entre une destination et son client doit donc se concevoir depuis l’élaboration du projet de vacances, jusqu’au départ de la station.

Chez Travelski, les équipes ont ainsi identifié 10 étapes-clés pour renforcer le contact avec le client. « Si nous couvrons parfaitement celle de la réservation, du ski, avec des domaines très bien équipés et de la fidélisation, en revanche, nous pouvons mieux faire sur le sommeil et l’arrivée en station : retrait des forfaits de ski, le parking, les itinéraires… ». Pour lui, il faut accélerer la renovation du parc immmobilier et créer un Amazon des services à la montagne. Ce dernier sera en mesure d’adresser au client via son smartphone la clé de son hébergement, son skipass, son ticket de parking, le plan pour accéder à l’appartement… « Nous menons chez Ski&Soleil, avec l’OIP à La Plagne, un projet pilote au cœur du sujet omnicanal : la serrure connectée avec La Poste. Il va servir de base à la relation client de demain ». Mais le président de Travelski prévient, pour réussir la gestion de ce client omnicanal, il faut que les opérateurs travaillent ensemble, se fédèrent, et que les chapelles volent en éclat. A bons entendeurs !

Enak Gavaggio, le trublion du Cirque blanc

Enak Gavaggio, alias Rancho et sa moustache fine !

L’ancien champion de skicross, Enak Gavaggio, alias Rancho, le héros de la websérie déjantée et décalée qu’il a lancée sur la toile il y a deux saisons, avec Dino Raffault à la caméra, milite pour le décloisonnement des sports de glisse. Dans les différents épisodes de la série, l’ambassadeur des Arcs, passé par l’alpin et le freeride, s’essaie à différentes disciplines (ski de fond, saut à ski, descente…). Autour de son personnage principal, il met en scène les portes-drapeaux de ces disciplines dans des situations improbables et qui jouent le jeu. Son objectif, jeter des ponts entre les différents sports de neige, lutter contre le sectarisme et les préjugés, faire valser les étiquettes dont il dit avoir souffert jeune dans l’univers de la glisse. Tout en faisant voler en éclat les codes, Enak Gavaggio a des idées bien précises en matière d’attractivité des stations de ski.

Pour lui, elles doivent offrir des activités pour tout le monde et faire en sorte, qu’au terme de leur séjour, les vacanciers aient fait mille et une choses, un peu comme dans les parcs d’attraction, un terme tabou pour beaucoup de montagnards. Pas pour Enak Gavaggio, qui veut en emprunter l’esprit pour une démocratisation de la montagne. Il salue la multiplication des espaces ludiques désormais recentrés sur les domaines skiables, et non pas confinés dans un coin à l’écart comme il y a encore peu. Il applaudit de même l’aménagement d’itinéraires de randonnée grand public, comme l’ont fait en pionnières Arêches-Beaufor et Les Arcs. « Quand je vois comme je suis heureux quand je fais une petite montée en ski rando de 20 mn et l’émotion que je ressens au sommet, imaginez l’effet que ça peut produire sur des personnes qui n’en ont jamais fait. C’est ça que le grand public attend de la montagne, des expériences fortes ».

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