Près de 200 convives ont assisté à la pose symbolique de la première pierre d’Aiguenoire, la 5e distillerie des moines chartreux, à Entre-deux-Guiers. Un projet de 8 millions d’euros pour le futur site de production des liqueurs Chartreuse, où la première distillation est programmée pour fin 2017.

Il aura fallu à peine plus d’un an, depuis l’annonce de l’acquisition du site d’Aiguenoire par les liqueurs Chartreuse en décembre 2015 auprès de la Communauté de communes Coeur de Chartreuse, pour que les premiers coups de pioches soient donnés à Entre-deux-Guiers. Emmanuel Delafon, pdg de l’entreprise, a mené tambour battant la première phase du projet Grand Avenir. Lancé en juin 2014, ce dernier vise à pérenniser la fabrication des liqueurs, d’où l’Ordre des Chartreux tire une grande partie de ses ressources financières.

En 2014, face au durcissement de la réglementation qui encadre la distillation des alcools et liqueurs, et aux coûts d’une mise aux normes de la distillerie de Voiron, le conseil d’administration de l’entreprise et les moines ont en effet validé le déménagement de la production et la valorisation touristique de celui de Voiron. « D’une contrainte réglementaire, nous avons créé un projet unique, porteur de dynamique pour les liqueurs Chartreuse et pour les deux territoires sur lesquelles elles sont désormais implantées », souligne celui qui tient les rênes de l’entreprise depuis 2013.
Emmanuel Delafon loue l’implication des multiples acteurs (la Communauté de Communes Coeur de Chartreuse, le Pays Voironnais, les services de l’Etat, Dreal, Sdis, DTT, la Safer) pour faire avancer le dossier, administrativement lourd et complexe. « En quinze mois et après trois enquêtes publiques, nous avons réussi à déclasser la zone agricole, à déposer le permis de construire et à lancer les terrassements en mars dernier ». 

Pose symbolique de la première pierre en présence de Dom Benoit, l'un des deux moines distillateurs de la Chartreuse

Soutien à l’économie locale

Avec ce nouveau site de production, les liqueurs Chartreuse montrent leur volonté de soutenir l’économie locale. Elle se traduit notamment par l’attribution de 26 lots sur 29 à des entreprises locales. « Seule la fourniture des alambics et des tonneaux en bois de chêne, n’est pas assurée par des sociétés régionales parce que les savoir-faire ont disparu », précise le pdg de la société. Il met aussi en avant la concertation très en amont avec les riverains et les associations environnementales, et notamment le Pic Vert et le Parc naturel régional de Chatreuse. « La Chartreuse s’est adaptée à l’environnement et non l’inverse. Il y a d’ailleurs quinze versions du document jusqu’au projet architectural final », indique Emmanuel Delafon.

Sobriété,  pérennité et symbolique
Celui-ci a été guidé par trois partis-pris. La sobriété : la distillerie moderne emprunte à la grange quadricentenaire qui lui fait fasse, sa silhouette typique du bâti cartusien. « Ici, à l’image de la discrétion des Chartreux, point de clinquant ». Deuxième parti-pris, la pérennité : cet outil de production est pensé pour durer au moins 150 ans, d’où des matériaux nobles et durables choisis pour le bâtiment principal (verre, pierre et bois issu de la forêt de la Grande Chartreuse). Enfin, la symbolique est très forte. Elle souligne la cohérence de ce projet, qui voit revenir les Chartreux sur les lieux mêmes, où leurs aînés, dans un souci d’autosuffisance alimentaire, ont développé des activités agricoles et piscicoles, après avoir acheté le domaine du Mas de l’Espinasse en 1618. Ils en resteront propriétaires jusqu’à la Révolution.

Outre la distillerie, l’ensemble comprend aussi une cave semi-enterrée et une annexe logistique. La grange historique à la charpente impressionnante, abritera un espace de travail, le foyer du personnel et une chapelle « pour rapprocher moines et laïcs qui travaillent ensemble depuis près de deux siècles ».

Vue 3D de la future distillerie qui fait face à l'ancienne grange des chartreux

La première phase du projet Grand Avenir s’achèvera le 30 août 2018. « Une date symbolique puisque les Chartreux ont acheté cette parcelle au notaire de Saint-Laurent-du-Pont, le 30 août 1618. 400 ans après, nous fêterons en grand l’ouverture de la 5e distillerie de l’histoire des chartreux ».
Dans une deuxième phase et « quand les fonds seront trouvés », alors l’embouteillage et l’expédition seront transférés sur le site d’Aiguenoire. Celui-ci, fermé au public, concentrera toute la partie production des liqueurs. Voiron demeurera leur et leur lieu de mémoire, avec entre autres, la mise en valeur de la plus longue cave à liqueurs du monde, où certaines d’entre elles continueront à vieillir, sous le regard impressionné des visiteurs.

Sophie Chanaron

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