Tous les jours de l’année sans exception, même s’il neige à gros flocons, la coopérative du Val d’Arly collecte le lait dans les fermes pour le reblochon et le beaufort. Ils sont quatre chauffeurs-collecteurs à exercer cette mission, cruciale pour le maintien de l’activité agricole en zone de montagne. Didier Brault est l’un d’entre eux. Portrait.

Denrée précieuse destinée à la fabrication du reblochon et du beaufort, le lait cru n’attend pas ! Le cahier des charges de ces deux Appellations d’Origine Protégée fromagères impose sa collecte quotidienne dans les fermes, mêmes les plus reculées. Dans d’autres régions, où pourtant il y a moins ou pas de contraintes géographiques, le lait n’est pas ramassé tous les jours et peut être stocké. En zone AOP, organiser une tournée 7 jours sur 7, 365 jours par an, s’avère complexe et coûteux. « En zone montagne, le coût de la collecte avoisine 64€ les 1000 litres, alors que dans l’Avant-Pays savoyard par exemple  il s’élève autour de 25€ », indique Philippe Bouchard, le directeur de la Coopérative du Val d’Arly.

Congères et routes escaprées

La structure collective de Flumet effectue deux tournées de lait par jour en zone montagne (elle en sous-traite deux autres) : le matin pour le beaufort sur le secteur Val d’Arly-Aravis, le soir pour le reblochon sur le secteur Megève-Combloux-Héry-sur-Ugine. L’hiver, pour accéder à certaines fermes, il faut traverser des pistes de ski au petit matin ou en pleine nuit, braver des congères, effectuer des manoeuvres délicates dans la neige, emprunter des routes dans des zones avalancheuses ou très escarpées… On n’est pas loin des Routes de l’impossible du bout du monde ! Pour celui ou celle qui conduit le camion-citerne, il est donc indispensable d’être un bon pilote et de ne pas avoir froid aux yeux ! L’an dernier, avec les conditions d’enneigement exceptionnelles, les tournées de lait ont parfois viré au cauchemar pour les chauffeurs et pour les ateliers de transformation. « Nous avons perdu plus de 90 000 euros en raison des routes impraticables qui ont mis en difficulté plusieurs de nos chauffeurs », se souvient Philippe Bouchard.

©Laurence Rouvier/Coopérative de Flumet

La coop emploie quatre chauffeurs pour effectuer ces précieuses tournées dans des paysages de rêve, mais devenant vite ardues en cas de mauvaise météo ! Bernard, Berrag, Frédéric et Didier. Recruté en septembre dernier, ce dernier est venu de Mayenne où il a exercé le même métier mais dans l’industrie agro-alimentaire, cela pendant cinq ans. Un autre monde. Là-bas, les camions sont des semis de 44 tonnes et transportent quelque 20 000 litres de lait issus de plusieurs jours de traite, pompés dans d’immenses exploitations agricoles. « Pas ou peu de contact avec les producteurs », regrette cet homme calme et jovial, comme un poisson dans l’eau dans sa nouvelle vie ! Ancien agriculteur, il cherchait depuis
longtemps à quitter le système industriel, pour rejoindre le modèle à taille humaine et plus qualitatif en vigueur dans les Savoie ayant fait le pari des AOP. Une région qu’il connaît bien pour y venir skier depuis l’âge de 10 ans.

Proximité et contact

Recruté par la coop de Flumet, il a totalement retrouvé le plaisir de ce métier d’extérieur. La montagne et ses imprévus a remplacé la campagne et sa monotonie. Son camion-citerne 4X4 a diminué de plus de moitié, tout comme les volumes transportés qui varient entre 4000 et 11000 litres selon la tournée. « Chauffeur-collecteur de lait est à la base un métier de proximité et de contact. Ici, je le vérifie à chaque tournée, dans chaque ferme, où j’échange toujours quelques mots avec les producteurs, voire partage sur le pouce un petit café avec eux », s’enthousiasme le ramasseur de lait dont la mission dans ce territoire rural et montagneux, est indispensable à la pérennité des petites exploitations.

Sophie Chanaron

Photo de Une : ©Laurence Rouvier/Coopérative de Flumet