Pour la 4e édition de Toquicimes, à Megève, le photographe culinaire Patrick Rougereau a réalisé une exposition sur les produits de montagne intitulée Food Art Mountain. Poissons des lacs, fromages de Savoie, crozets, myrtilles, bourgeons de sapin comme vous ne les avez jamais vus ! Décalées et surprenantes, ces 30 photographies d’art disent le beau et le bon de la montagne. A déguster visuellement jusqu’au 15 janvier au Palais.

Actumontagne : Comment est née Food Art Mountain ?
Patrick Rougereau : Avec ma femme nous avons un attachement particulier pour la région. Nous venons souvent à Megève où nous avons beaucoup d’amis, notamment le chef Emmanuel Renaut du Flocons de Sel***. Nous avions exposé ici il y a quatre ans lors de la première édition de Toquicimes. J’ai eu envie de travailler sur les produits de montagne. Je suis Normand et j’ai découvert dans les Alpes beaucoup de nouveaux produits. Ils m’ouvraient un terrain de jeu inédit. Mais pour les appréhender, j’avais besoin de la caution de chefs. J’ai choisi René et Maxime Meilleur (le duo père et fils de La Bouitte*** à Saint-Martin-de-Belleville) ainsi qu’Emmanuel Renaut parce qu’ils ont tous les trois un lien très fort avec leur terroir.

Actumontagne : Que vous ont-ils appris ?
P.R.
: Plein de choses ! Je suis allé dans leur cuisine bien sûr, mais aussi me balader en montagne avec eux à plusieurs reprises. Ils m’ont fait regarder la nature alpine différemment. Un exemple. Ce que je prenais pour des mauvaises herbes, et bien j’ai vu que pour Emmanuel Renaut elles étaient une source incroyable d’ingrédients et de saveurs.

« Le roi des forêts » inspiré par un plat d’Emmanuel Renaut qui associe l’omble chevalier au sapin ©Patrick Rougereau

Actumontagne : Avez-vous mis du temps à réaliser ces 30 compositions étonnantes et gourmandes ?
P.R.
: Ce qui m’intéresse dans l’image, c’est un, de trouver l’idée, deux de l’éclairer. Ce que j’explique souvent aux jeunes qui viennent me voir, c’est de ne pas aller sur un plateau de prise de vues si vous ne savez pas ce que vous allez faire. Quand j’arrive sur un plateau, la photo est déjà faite dans ma tête. Je sais exactement où je vais mettre mes éclairages et l’appareil. Ensuite ça va vite. Pour les chefs c’est pareil. J’en parlais avec Anne-Sophie Pic -la marraine de ces 4e Toquicimes-, elle aussi quand elle teste une recette, elle l’a très précisément dans la tête avant de commencer.

Actumontagne : Quelle est-celle qui a été la plus compliquée à réaliser ?
P.R
. : Peut-être celle des crozets. Nous avons aligné les crozets un par un. Ce n’est pas du Photoshop. Aujourd’hui les gens pensent que c’est la technique qui fait le boulot. Et bien pas du tout. L’an dernier, j’ai fait une photo avec 780 œufs blancs et un jaune au milieu qu’avec mon équipe nous avions tous placés un par un. Pour un jeu-concours sur les réseaux sociaux, nous demandions combien nous avions pu utiliser d’œufs. Et bien, la majorité des participants ont répondu un ou deux, pensant que nous avions fait du copié-collé !

Actumontagne : Votre ou vos coups de cœur parmi ces photographies grand format ?
P.R
. : Je les aime toutes ! J’aime particulièrement les séries de poissons parce qu’on raconte vraiment une histoire. Mon brochet avec sa clarine ou la fera avec ses cornes de chamois racontent les alpages, mais aussi les lacs, points forts de cette région. Celle des myrtilles aussi parce qu’il y a eu un gros travail d’éclairage dessus.

Actumontagne : Dans l’exposition, il y a également votre toute première sculpture en bronze, réplique grandeur nature du poisson à plumes. Un nouveau champ artistique ?
P.R.
: J’avais envie depuis longtemps de donner vie à mes photos différemment parce que quand je suis en prise de vue, ce poisson il a du volume, comme les plumes, et c’est très beau. La photo écrase un peu tout ça. J’ai sorti ma première sculpture en bronze présentée en avant-première ici, avant d’être exposée à Paris à la Samaritaine en novembre. La deuxième est déjà en route !

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