Amélina Mattel est une jeune femme épanouie. Au pays des vaches, elle élève des brebis à Flumet, au sein de La Bergerie des deux Savoie, transforme leur lait en fromage et yaourt, et commercialise sa production dans le magasin de vente directe de la ferme. Avec un enthousiasme communicatif.

Si c’était à refaire, je le referais sans hésiter”, sourit Amélina Mattel. Et pourtant, la vie d’éleveuse n’était pas son choix premier. Après une licence pro en produits laitiers, elle trouve un emploi chez Lactalis-Nestlé en Normandie, où elle reste deux ans et demi : “Le temps de voir que l’univers de la grosse entreprise ne correspond pas à mes convictions”. Sans compter que la Normandie est bien loin des Alpes, pour elle qui est originaire des Contamines-Montjoie, où ses parents sont agriculteurs.

Elle travaille ensuite à la coopérative de Flumet, et participe au lancement d’une gamme de produits frais : yaourts, fromages blancs et faisselles. Une belle expérience, entre 2014 et 2016. “Mais j’avais un rêve au fond de moi : avoir ma propre ferme, élever des animaux, transformer leur lait et le vendre”. Un rêve qu’elle réalise avec son conjoint, rencontré à la coopérative de Flumet. Ils créent ensemble, en 2017, le Gaec La Bergerie des deux Savoie, à Flumet. Ils construisent un bâtiment pour abriter leur cent cinquante brebis, mais aussi un atelier de transformation du lait en fromage, yaourt, tomette, grande tomme (affinée plus longtemps), ainsi qu’un magasin de vente directe.

Amélina Mattel en famille sur un marché © Actumontagne

Des brebis au pays des vaches

Pourquoi ce choix des brebis, dans une région dominée par l’élevage bovin ? “D’une part, les brebis sont de petits animaux, donc nécessitent moins de surface que les vaches, ce qui est plus facile pour débuter. Mais l’idée est aussi de nous démarquer, de proposer des produits différents de ce qui se fait ici. Avec nos propres recettes de fromages et de yaourts, que nous élaborons nous-mêmes”. Visiblement, le choix est judicieux : les clients apprécient et reviennent. Le Gaec produit désormais 1,5 tonne de fromage par an, et 33 000 litres de lait. La production est vendue à 50 % à la ferme et sur les marchés de producteurs, et le reste dans des magasins de coopératives et des restaurants.

Alors bien sûr, la vie d’éleveuse comporte des contraintes. Le métier est très physique et fatigant, les heures de travail s’accumulent. “Nous n’avons presque pas le temps de faire du ski par exemple, alors que nous sommes dans une région où tout le monde skie”. La contrainte principale, c’est d’être toujours présents, car il faut nourrir et traire les brebis tous les jours. “Mais c’est un choix de vie, nous n’avons aucun regret, bien au contraire, nous bénéficions d’une qualité de vie exceptionnelle ! Ce métier est une passion, cela me nourrit. C’est tellement génial de travailler en montagne, avec des animaux ! Le lait est un produit vivant, son goût n’est pas standardisé, on s’adapte à ce que les brebis nous donnent”.

Amélina Mattel et son mari dans leur bergerie © Geoffrey Garcel

Pour partager cet amour pour son métier, Amélina organise des visites de la ferme, sur réservation, le jeudi à 16 h 30, pendant la traite des brebis. Elle explique alors son quotidien, avec le sourire des personnes épanouies.

Jeanne Palay

La Bergerie des deux Savoie : 07 88 81 07 44