Moins connue, bien que plus dure que l’UTMB, l’Echappée Belle, ultra-trail consistant en la traversée intégrale du massif de Belledonne, de Vizille à Aiguebelle (soit 144 km et 11 100 m de dénivelé à réaliser d’une seule traite, en 54 heures maximum), se déroule du vendredi 23 au dimanche 25 août. Parmi les quelque 1800 inscrits sur les différentes épreuves*, on retrouve plus d’une dizaine de coureurs de top niveau mondial, dont le Français François d’Haene, triple vainqueur de l’UTMB et actuel numéro un mondial. Interview de Florent Hubert, président de l’association Echappée Belle, qui organise cet événement.

Actumontagne : Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’Echappée Belle ?
Florent Hubert : C’est un trail particulièrement technique, où on va quasiment plus lentement en descente qu’en montée. Le GR 738, qu’on emprunte en grande partie, est d’ailleurs souvent comparé au GR 20 en Corse pour sa difficulté. On installe plus de 800 mètres de cordes pour sécuriser les passages délicats. Il y a aussi un vrai caractère de haute montagne, avec un désert végétal et une ambiance quasiment lunaire, bien qu’on ne dépasse pas les 3000 m d’altitude. Mais dans le massif de Belledonne, la haute montagne – en termes de géologie et végétation – démarre dès 2000 m d’altitude, alors que c’est plutôt vers 3000 m dans les autres massifs. Et les coureurs ont largement le temps de s’en rendre compte, puisqu’il y a quasiment 40 km consécutifs où ils évoluent entre 2000 et 3000 m d’altitude, sans jamais redescendre en plaine. C’est unique sur les trails en France !

Les coureurs évoluent dans une ambiance de haute montagne, bien que le parcours culmine à 2950 m d’altitude © Matthieu Rieux

Votre course est-elle plus dure que l’UTMB ?
C’est difficile à dire, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est plus longue. En 2017, François d’Haene a pulvérisé le record de l’Ultra-trail du Mont-Blanc, en 19h01’54’’. Le meilleur temps de l’Echappée Belle appartient lui à Sébastien Gérard, lors de sa victoire sur l’édition 2016 en 27h26. Or l’Echappée Belle propose 27 km de moins (mais 1100 m de dénivelé en plus) que l’UTMB ! Même s’il bat le record, dès sa première participation cette année, François d’Haene devrait mettre au moins 24 ou 25h. Il y a un niveau d’engagement plus important. C’est d’ailleurs pourquoi on autorise les « pacers », c’est-à-dire des coureurs qui accompagnent les concurrents sur la deuxième moitié du parcours. Ils sont là à la fois comme un soutien psychologique, et aussi pour indiquer les pièges aux coureurs, plus forcément très lucides sur la deuxième moitié de la course.

Florent Hubert, président de l’association Echappée Belle, qui organise l’épreuve éponyme © DR

Avez-vous des nouveautés pour cette édition 2019 ?
On a très légèrement modifié le parcours du 144 km, en remplaçant le seul kilomètre sur route de l’épreuve par un passage sur sentier, vers la mi-course à Fond-de-France. Et on est aujourd’hui à quasiment 100 % de sentier monotrace. Sur le 57 km, on a aussi un nouveau tracé entre Allevard et le Super Collet, qui emprunte l’itinéraire permanent de kilomètre vertical. On a également musclé l’animation, en particulier sur l’aire d’arrivée à Aiguebelle, avec des concerts le samedi, des courses enfants le dimanche, un mur d’escalade, des petites randonnées encadrées ou encore des initiations au biathlon (ski-roues / carabine laser).

Des changements plus importants sont déjà prévus pour 2020…
Oui. Pour la première fois depuis la création de l’épreuve, le parcours de 57 km fera une incursion côté Maurienne, dans le secteur des Grands Moulins, via la Pointe Rognier. Cela offrira aux coureurs un parcours vraiment ultra sauvage. On devrait aussi proposer une Sky Race, c’est-à-dire un format plus court d’environ 20 km et 2000 m de dénivelé, avec départ de la Ferrière, montée jusqu’au Rocher Blanc (à près de 3000 m d’altitude) et retour à la Ferrière par un autre itinéraire. Mais comme on ne s’adressera pas au même public, ce ne sera sans doute pas le même week-end, mais plutôt un peu plus tard, en septembre.

Propos recueillis par Martin Léger

Le parcours de l’Echappée Belle passe à proximité d’une trentaine de lacs d’altitude © Matthieu Rieux

* Deux autres courses sont au programme : la Traversée Nord (85 km, 6050 m D+ et 7210 m D-, du Pleynet à Aiguebelle, en  30h maximum) ; le Parcours des Crêtes (57 km, 4100 m D+ et 4220 m D-, d’Allevard à Aiguebelle), à boucler en 27 h maximum.

L’équipe organisatrice recherche encore une cinquantaine de bénévoles pour l’édition 2019. Si vous êtes intéressés, rendez-vous ici

Photo de une : Triple vainqueur de l’UTMB, François d’Haene va participer pour la première fois à l’Echappée Belle en 2019 © Bruno Lavit